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samedi 25 avril 2026

des nationalismes

 

« Difficile en effet, pour un ami des mots, d’évoquer la Perse sans penser aussitôt, par une sorte de réflexe pavlovien, à ces chefs-d’œuvre de délicatesse que sont les miniatures persanes. Car, force est de constater que, dans l’esprit de beaucoup sinon de tous, la miniature est persane comme l’estampe est japonaise, le couteau suisse, la capote anglaise, le supplice chinois, le faucon maltais, la féerie cinghalaise, et les petits pois écossais. »


Marcel Bénabou, Aux franges du silence, Glose pour FLL

Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », 2026 (p. 19)





samedi 5 octobre 2024

Burl/Guignol-esque


Tout va pour le mieux au restaurant Drouant, une matinée de début novembre — en une époque troublée par le mouvement des Gilets jaunes, mais encore ignorante du « virus de Wuhan » —, lors de l’attribution du prix Goncourt et du prix Renaudot, jusqu’à ce qu’un duo d’espiègles, Virginie et Frédéric, empoisonne à leur insu les deux jurys avec des gouttes de LSD.

La suite n’est pas dicible en prose...

               *   *   *

« Abuse pas des gouttes, Vicky !

» Nous refais pas un Pont-Saint-Esprit !

» C’est arme de psychose massive,

» Qui le cerveau calcine et lessive,

» Que ta main tient d’une aise excessive...

— T’inquiète ! On est gendelettre, non ?

» Donc on est géomètre. L’ogive

» Et la divine proportion,

» C’est mon dada ; note ma dérive :

» Par pélo une goutte environ,

» Cinq gouttes donc dans la cafetière...

» Pareillement pour cette théière...

» Voilà ! Remue avec la cuillère,

» Que le LSD s’infuse à l’eau...

» Je me charge de l’autre plateau. 

——————————————

Wisielec, L’Automne ou le Sac de Rome 

Vaudeville punk en 3 actes et 1 527 ennéasyllabes

Æthalidès, coll. « Freaks »

180 p. ; 19 € (extrait : strophe 46, Acte I, scène 5)

mercredi 17 juillet 2024

la Grâce

 

(Le Tripode, 2022, 304 p.)


la plus belle phrase française lue depuis longtemps

miracle de justesse

œuvre qui me laisse sidéré, sans voix, éperdu

(admiration, ébahissement...)



(Le Tripode, 2024, 144 p.)

lundi 18 mars 2024

premier Roud


 

Un mot encore sur le titre. Répondant à une lettre d’Anne Perrier à la parution du volume, Roud remarquait : « Perdu m’a toujours paru un des plus beaux mots français. La musique et le sens s’y font, pourrait-on dire, mutuellement valoir et cela lui donne une résonance infinie. Je crois que c’est Racine qui m’a ouvert les yeux et l’oreille avec l’admirable Phèdre : “Et Phèdre au Labyrinthe avec vous descendue / Se serait avec vous retrouvée, ou perdue.” »


Stéphane Pétermann (postface)

Éd. Fario, MMXX 

vendredi 13 mai 2022

« Les Cahiers critiques de Pô » (I)

 
 

Dans ce volume concis, Baguenaudes littéraires (Paris, 2022), qui représente la quintessence de l’esprit critique de Guillaume Pô, celui-ci a sélectionné drastiquement certains ouvrages indispensables qui ne quittent jamais très longtemps sa table de chevet. Pô consent à nous délivrer quelques échantillons témoignant de la variété de son immense curiosité littéraire, déploie, dis-je, pour notre édification le large spectre de ses intérêts, dénichant raretés et singularités qui avaient pu échapper à notre attention. Il applique par exemple à J’entends une fourmi, de Michel Noir (Éd. de la Différence, 1995), aux Toutes Dernières Histoires drôles, de Guy Montagné (Le Cherche-Midi éd., 1997), ou encore aux Tire-bouchons multifonctions, et sans vrille, « florilège de tire-bouchons, volume VII », de Jean-Louis Desor (Crépin-Leblond éd., 2014), la même érudition sans pédanterie et le sérieux didactique qui caractérisaient déjà ses ouvrages précédents.
 
 

 

vendredi 26 juin 2020

Kosmos






— Alors vous voyez, mon jeune ami, nous commençons à être d’accord. C’est simple. L’homme… aime… quoi ? Il aime. Il aimouille. Il aimouille berg.
— Berg.
— Quoi ?
— Berg !
— Comment ça ?
— Berg.
— Assez ! Assez ! Non…
— Berg !
— Ha-ha-ha-ha, c’est vous qui m’avez bembergué ; vous êtes un pince-sans-rire et un malin ! Qui aurait imaginé ? Vous êtes un berg-bergueur. Bergusberg ! En avant ! Carrément ! Allons-y ! Allons-y-berg !
J’observais la terre — à nouveau l’observation de la terre, avec ses herbes… avec ses mottes… Des milliards !
— Lécher !
— Quoi ?
— Lécher, je dis, léchouilleberg… ou bien cracher !
— Que dites-vous ? Que dites-vous ?! criai-je. 
— Cracher du bemberg dans le bergus !

(1965 ; traduit du polonais par Georges Sédir, Denoël, 1966 ; premier dépôt légal dans la collection « Folio », n° 400, juin 1973)


dimanche 29 mars 2020

papyrornithologie

Cocotologie se compose du mot français cocotte, « petit oiseau en papier », et du mot grec logie, de logos, « discours ». En français, la cocotte appartient au langage des enfants ; au sens propre et direct, le mot s’applique à la volaille et, par extension, à tous les oiseaux ; au sens métaphorique, il s’applique aux cocottes en papier et aux filles de joie. Ici, je devrai développer une comparaison entre les filles de joie et les cocottes, fragiles par nature les unes et les autres.


Observez la perfection avec laquelle la cocotte pose ses pieds à terre et se tient debout ; remarquez qu’elle entretient le moins de contact possible avec le sol et ne le touche que sur les trois points nécessaires pour se maintenir en équilibre stable ; dites-moi s’il ne s’agit pas là d’une nouvelle et mirifique perfection de son être, une perfection qui l’élève au-dessus de tant de plantigrades humains qui ont besoin de toucher le sol autant qu’ils le peuvent couvrir. La cocotte est un être tripode, et la cocotte parfaite, la cocotte archétype ou idéale, ne devra toucher le sol que sur trois points géométriques, trois points purs, déterminants, d’un plan rigoureux. 


Chez le mâle parfait (comme le montre la fig. 4), la pomme d’Adam forme une protubérance triangulaire dont l’extrémité se situe aux trois quarts de la ligne qui va de la pointe du pied à celle du bec. De cette pointe, une autre ligne va jusqu’à la moitié du cou. En revanche, chez la femelle parfaite (fig. 3) apparaît une gorge trapézoïdale dont l’angle libre, également situé aux trois quarts de la ligne susnommée, trace une ligne vers le sommet de la tête. On voit donc que chez le mâle, c’est le cou qui commande la pomme d’Adam, tandis que chez la femelle c’est le sommet de la tête qui commande la gorge d’Eve. Je laisse aux mystiques et aux humoristes − qui ne sont qu’un − le soin de passer au crible, ordonner, perquisitionner et réquisitionner ce symbolisme. Le sérieux notoire de la recherche scientifique ne me permet pas de me laisser distraire par cela.


Il va sans dire qu’aucun être studieux ne se contentera de méditer sur ces figures, il doit prendre un papier, le plier et faire, comme dans un séminaire ou un laboratoire de recherche scientifique, sa propre expérience, car le pire pour la science serait d’être réduite à un exercice de mémoire ou de littérature.


———————

Miguel de Unanumo (1864-1936), Apuntes para un tratado de cocotología

La Cocotologie. Notes pour un traité, traduit de l’espagnol par Emma H. Clouard, Ed. Self, 1946
Traité de cocotologie, trad. Sylvie Coudel, présenté par Fernando Arrabal, Ed. de Paris, 1994



mercredi 21 mars 2018

Dites 32

FRONTIER, Alain
 FERN, Bruno
  PENNEQUIN, Charles
   PRIGENT, Christian
    VIALLAT, Claude
     DEZEUZE, Daniel
      CASTELLAS, Denis
       CLEMENS, éric
        DUPRAT, Hubert
         BARBAUT, Jacques
          DEMARCQ, Jacques
           EL MORABETHI, Khalid
            BORY, Jean-François
             VILA, Jean-Louis
              BOBILLOT, Jean-Pierre
               VERHEGGEN, Jean-Pierre
                DHéNIN, Marie-Hélène
                 PéREZ, Mathias
                  BOUTIBONNES, Philippe
                   BURAGLIO, Pierre
                    LE PILLOUËR, Pierre
                     GARNIER, Typhaine
                      NOVARINA, Valère
                       THOMMEREL, Yoann

                        sont attendu.e.s dans TXT 32 (« Le Retour ») 

                       VILA, Jean-Louis
                      VIALLAT, Claude
                     VERHEGGEN, Jean-Pierre
                    THOMMEREL, Yoann
                   PRIGENT, Christian
                  PéREZ, Mathias
                 PENNEQUIN, Charles
                NOVARINA, Valère
               LE PILLOUËR, Pierre
              GARNIER, Typhaine
             FRONTIER, Alain
            FERN, Bruno
           EL MORABETHI, Khalid
          DUPRAT, Hubert
         DHéNIN, Marie-Hélène
        DEZEUZE, Daniel
       DEMARCQ, Jacques
      CLEMENS, éric
     CASTELLAS, Denis
    BURAGLIO, Pierre
   BOUTIBONNES, Philippe
  BORY, Jean-François
 BOBILLOT, Jean-Pierre
BARBAUT, Jacques


On y souscrit
jusqu’au 15 avril >>>





lundi 20 novembre 2017

Babel, babil, babélisme


« Qui parle avec des cailloux dans la bouche
les qu quand roulent les galets
les ch de la bouche au reflux ? »
Torbjörn le scalde favori de la hird des jarls
grave dans sa mémoire cette kenning
en attendant de trouver un bâton

barbara fraxinels pingatur rhuna tabellis

Rad Thu, de Christian Désagulier
avec une traduction en suédois de Jesper Svenbro.


*   *   *


Mystère de l’inscription funéraire — engraved and encrypted — en langue amharique, inscription gravée sur une plaque de marbre, épitaphe de Sebhat Guèbrè-Egziabhér.

« Couplet, distique, apologue, aphorisme, maxime, dit, proverbe, les formes courtes abondent dans les registres de l’expression écrite et orale en Éthiopie. »

« Ce que l’on croit savoir du byzantinisme éthiopien et de sa propension à s’exprimer en distillant du sens à travers le sèm-enna wèrq ou sa variante cléricale (qéné) laisse assez peu d’espoir quant à une unanime intelligibilité. »

         Francis Falceto

Fécondité des formes courtes :
était-il possible de ne pas en parler longuement ?
        
         Joseph Tubiana


__________________________
Toute la lire, revue de poégraphie, cahier n° 3
Éditions Terracol, 3e trimestre 2017, 176 pages, 18 €


dimanche 15 octobre 2017

un choc, une bible


« Si Rimbaud, le voyant, est un passant considérable, Vélimir Khlebnikov est une constellation fulgurante et sidérante dont il n’est pas sûr que le visage soit même aujourd’hui devenu visible tant il a bouleversé le vers et la poésie de langue russe.
« À le dire abruptement : les révolutionnaires ont cherché la langue de la révolution, Vélimir Khlebnikov l’a trouvée.
« Ombre lumineuse comme une étoile pestiférée. »

préface, p. 29 

« En mai 1905, il part avec son frère Alexandre en mission dans l’Oural. Découvre une nouvelle espèce de coucou : le Cuculus minoris. »

notice biographique, p. 1083

La valise a fait place à une légendaire taie d’oreiller dans laquelle il entasse ses manuscrits, poèmes, proses, lettres, feuilles parfois volées ou envolées, qui accueille aussi son sommeil. Il écrit aussi dans l’urgence, dans l’obscurité, dans la maison des fous, au profond de la faim, des abris de fortune, devant des feux de camp où s’échangent pain et poèmes, pain et immortalité.

Langue des oiseaux, poésie stellaire, écritures des nombres…

quatrième de couverture

Œuvres, 1919-1922
Traduit du russe, préfacé et annoté par Yvan Mignot.

Verdier, coll. « Slovo »
2017, 1 150 pages, 47 euros

lundi 5 juin 2017

vendredi 10 mars 2017

0. 1.


« On a souvent accusé cette théologie [celle de Hegel] d’être panthéiste et on l’a aussi accusée d’être le contraire, de laisser croire que l’homme était Dieu. À tort. Le rationalisme n’exclut pas l’abscondité, le panthéisme n’exclut pas la subjectivation,  ni même la subjectivité de la substance, sa personnalité. Dieu est tout cela. Le Système désigne tout cela. Aussi bien, on peut même le prier, on peut le craindre et on peut le louer. Car prier Dieu, c’est programmer le Système ; la justice de Dieu, c’est l’immanence du Code ; et la consolation de Dieu, c’est le triomphe sur la mort. » 

Marc Alizart, Informatique céleste
P.U.F., « Perspective critique », 2017 (208 p., 19 €)
(p. 181)

lundi 25 avril 2016

un philosophe-artiste


« Un livre de Vuarnet reste pour la littérature française une matrice et une maîtrise qui légitiment l’essai critique et la pensée poétique. C’est donc le moment de dire qu’il y a un avant Vuarnet et un après Vuarnet dans les lettres et dans les esprits, il faut dire, pourtant, que personne ne l’a dit encore, mais que des lecteurs conscient et artistes le découvrent, sans aucun doute possible. »
Alain Jugnon, « D’une inconvenance »


réédition incorpore, 2016


lundi 12 octobre 2015

LE LA

[…] Il me semble que, si tu t’efforçais toi-même de faire tomber un voile de rêverie un peu paresseuse qui te recouvre et quelquefois te cache, si tu étais un peu plus difficile sur l’emploi de ton temps, si tu te convainquais que tu ne dois te consacrer à rien qu’à ce qui élève l’esprit et l’âme (je veux dire un peu plus de lectures choisies, de visites attentives de musées, un peu moins de cinéma et de déambulation au hasard), tu t’apercevrais très vite que tu es beaucoup plus riche de moyens que tu ne te connais et tu serais aussi beaucoup plus heureuse. […]


Lettre d’André Breton à Aube, sa fille, 8 juin 1952


lundi 2 mars 2015

James Baldwin

Avant



(1976)

Après


— 2015 —

Première édition française intégrale


Je n’oublierai jamais. Je ne sais même pas si je suis capable de décrire ce qui se passa. D’un seul coup, tout se figea pour devenir une parodie d’horreur à la manière des Marx Brothers. Chaque visage blanc prit l’immobilité de la pierre. L’arrivée du messager de la mort n’aurait pas eu un effet plus foudroyant que l’apparition, sur le seuil de ce restaurant, d’un petit homme noir, sans armes et complètement stupéfait. J’avais compris mon erreur dès que j’avais ouvert la porte : mais la véritable terreur qui se peignait sur chacun de ces visages blancs – personne ne bougea – me paralysa. Nous nous regardâmes fixement, sans prononcer un mot.
Le charme fut rompu par une de ces femmes qui, j’espère, n’existent que dans le Sud, au visage semblable à une hache rouillée, aux yeux tels deux clous rouillés – des clous de la Crucifixion. Elle se précipita vers moi comme pour me battre et aboya – car sa voix n’avait pas son humain. « Qu’est-ce que tu veux, mon garçon, qu’est-ce que tu viens faire ici ? » Puis, avec le geste de recul qu’on a devant un lépreux : « Par là. C’est par là. »
Je ne savais absolument pas de quoi elle parlait ; je reculai vers la porte. 
« C’est par là, mon garçon », dit une voix derrière moi.
Sur le trottoir, vide une seconde plus tôt, se tenait un homme blanc, sorti de nulle part. Je le fixai d’un regard vide. 

(p. 76)

dimanche 9 mars 2014

« Ça demande un minimum d’assemblage. »



Lire une phrase après l’autre — chacune séparée de la suivante par deux lignes de blanc —, lire une phrase sur deux, lire une phrase sur trois… entendre 5 sur 5, revenir de huit pas en arrière… enjamber sept pages… enchaîner chaque avant-dernier fragment de page…

« Y’a de la reverb’ » — calculée ou pas, redoutée ou recherchée —, comme on le dit dans le domaine du son, de l’acoustique (repérez-vous aux oreilles, en chair et en corne, ou en creux), voire celui de la musique — soit des échos, ondes, reflets, bonds et rebonds, appels et rappels (marabouts’de ficelle), des correspondances, des dérivations, des accrocs.

Suivre ou non les consignes, les conseils ; détecter les mises en garde et les mises en boîte (« exercice du CE1 : entoure les verbes dans un encadré ») et en abyme.

Prouver s’il en était besoin qu’une phrase simple au sens grammatical (« une phrase simple ne contient qu’un seul verbe conjugué » — aussitôt : quand et pourquoi un verbe est-il considéré comme conjugué ? venant à l’esprit) peut s’avérer éminemment complexe.

Bref, inventez vous-même votre parcours, faites vous-même votre expérience, aventurez-vous (« c’est pour mieux sauter mon enfant »)…


Tissage est l’une des mamelles. (p. 27)

Au commencement est le verbe. (29)

Se succèdent à un rythme. (31)

Le décalage est la seconde mamelle. (34)

Combien y en a-t-il au total ? (35)

Le verbe est au commencement. (49)

Certaines phrases passent plus difficilement. (70)

Par conséquent, il est primordial d’apprécier les intervalles. (73)

Entre deux lignes serait une façon de dire. (103)


Livre exigeant. Exigeant quoi ? Votre libre lecture — propre, instable, improvisée, accidentée, déstabilisante, originale ; toutes qualités issues de quel free jazz ?…

« Écrire [et lire, par la même occas’], semble nous dire Bruno Fern, consiste à briser les pléonasmes qui nous aliènent, à contrarier les liaisons convenues qui nous piègent, à permettre à notre pensée, enfin, de ne jamais, plus jamais s’arrêter », proposa il y a peu (sitaudis) Alain Frontier…

______________________
rencontre avec Bruno Fern
pour la publication de reverbs (phrases simples)
[Nous, 2004, 144 p., 14 €]
ce jeudi 13 mars à 19h30
librairie Texture — 94, avenue Jean-Jaurès, à Paris, XIXe arr.