(2026, 520 p.)
L’énorme villa est nichée au milieu d’un vaste parc à l’épaisse végétation, situation idoine pour l’ermite Roussel. Et on sait les subterfuges qu’il est prêt à utiliser (valet sosie) pour se protéger. À ce sujet, Philippe Soupault rapporte que Roussel ne répond bien sûr jamais lui-même au téléphone, il en a « une sainte horreur ». Son valet a donc pour instruction de répondre systématiquement que son maître est en voyage. Mais Soupault prétend qu’un mot de passe permet aux rares initiés de passer outre ce barrage, qui consiste à demander alors : « Mais est-il au Dahomey ou au Mozambique ? », ce à quoi le valet répond invariablement : « Ne quittez pas, je vais voir s’il n’est pas revenu. »
[p. 280]
Atti relativi alla morte di Raymond Roussel
(Edizioni Esse, Palerme, 1971)
(« actes » — comme ceux d’un colloque, d’un notaire, de décès ou de naissance… — au sens d’« écrits »)
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Comment l’auteur de La Doublure, né en 1877 et mort en 1933, qui trouva la mort durant la nuit d’une double fête, religieuse et patriotique, dont les initiales sont redoublées — RR, un homme richissime qui voyageait en Rolls Royce —, pouvait-il ne pas retenir l’intérêt d’un auteur sicilien amateur de romans-enquêtes, dont le patronyme est composé d’une syllabe géminée : « Scia-scia » — son nom ainsi sciemment « scié » ?
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• Europe, n° 714, octobre 1988, 224 p. [75 F]
La liste des médications, tenue à jour par Charlotte Dufrène (« mon amie » comme dit le dernier manifeste), est, des œuvres de Roussel, une des mieux abouties : Phanodorme, Hypalène, Vériane, Rutonal, Sonéryl, Somnothyril, Neurinase, Acetile Veronidin.
Elle suit encore, après abandon de l’écriture visible, le cours de la « création imprévue due à des combinaisons phoniques ». Les commentaires aussi laissent croire à l’efficace du nom et de la chose : sommeil euphorie extra, euphorie très grande euphorie euphorie toute la journée sommeil bon sommeil formidable euphorie euphorie désordonnée.
On commence mal une biographie par sa fin, sauf dans le cas, prédicable ici, où l’on ne sait rien… sinon ce qu’implique ce rapport du docteur Pierre Janet : « Sa vie était construite comme ses livres. »
« Raymond Roussel, presque »
Philippe G. Kerbellec
[p. 138]
• Europe, n° 1104, avril 2021, 370 p. [20 €]
Une félicité qui est peut-être un autre nom de la gloire : de fait, dans l’imaginaire rousselien, la gloire apparaît moins comme un effet de la réussite de l’œuvre que comme une substance, lumière ou fluide émanant d’un sujet sans failles, dont ce rayonnement atteste la plénitude. C’est pourquoi l’expérience, cruelle, de son irréalité sociale a son lieu dans le corps même de l’auteur : lorsque, à l’été de 1897, personne ne soulève son chapeau pour saluer le jeune auteur de la Doublure et de « Mon âme ». […]
Quand la Doublure parut, le 10 juin 1897, son insuccès me causa un choc d’un violence terrible. J’eus l’impression d’être précipité jusqu’à terre du haut d’un prodigieux sommet de gloire. La secousse alla jusqu’à provoquer chez moi une sorte de maladie de peau qui se traduisit par une rougeur de tout le corps, et ma mère me fit examiner par notre médecin, croyant que j’avais la rougeole.
« Le style substantif de Raymond Roussel »
Christelle Reggiani
[p. 32]



