Affichage des articles dont le libellé est Raymond. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Raymond. Afficher tous les articles

lundi 21 octobre 2024

jumeaux dizygotes

 



*   *   *

L’énorme villa est nichée au milieu d’un vaste parc à l’épaisse végétation, situation idoine pour l’ermite Roussel. Et on sait les subterfuges qu’il est prêt à utiliser (valet sosie) pour se protéger. À ce sujet, Philippe Soupault rapporte que Roussel ne répond bien sûr jamais lui-même au téléphone, il en a « une sainte horreur ». Son valet a donc pour instruction de répondre systématiquement que son maître est en voyage. Mais Soupault prétend qu’un mot de passe permet aux rares initiés de passer outre ce barrage, qui consiste à demander alors : « Mais est-il au Dahomey ou au Mozambique ? », ce à quoi le valet répond invariablement : « Ne quittez pas, je vais voir s’il n’est pas revenu. » 

[p. 280]

*   *   *



samedi 1 juin 2024

Qui l'eût cru.e ?


Lucette Finas
La Crue. Une lecture de Bataille : « Madame Edwarda »

Gallimard, coll. « Le Chemin » ; couverture à rabats ; perforations SP
480 p. ; a.i. : 13 septembre 1972

Ouvrage provenant de la bibliothèque personnelle de Denis Roche
(& maintenant dans la mienne) qui a noté sur le « premier plat » :

Te réjouis pas trop vite, Roussel
les décombres vont bon train !

le 30 janvier 1973


jeudi 15 septembre 2022

En double

 Atti relativi alla morte di Raymond Roussel
(Edizioni Esse, Palerme, 1971)
 

(« actes » — comme ceux d’un colloque, d’un notaire, de décès ou de naissance… — au sens d’« écrits »)


 


L’Herne, collection « Les Livres noirs », 1972, 96 pages
traduits de l’italien par Giovanni Joppolo et Gérard-Julien Salvy
(préface de Jean Ricardou, « Disparition élocutoire »
postface de Gérard-Julien Salvy, « Raymond Roussel une fois mort »)
 

 

 
Allia, 2022 (64 p.)
traduit de l’italien par Jean-Pierre Pisetta

 Comment l’auteur de La Doublure, né en 1877 et mort en 1933, qui trouva la mort durant la nuit d’une double fête, religieuse et patriotique, dont les initiales sont redoublées — RR, un homme richissime qui voyageait en Rolls Royce —, pouvait-il ne pas retenir l’intérêt d’un auteur sicilien amateur de romans-enquêtes, dont le patronyme est composé d’une syllabe géminée : « Scia-scia » — son nom ainsi sciemment « scié » ?

 •

https://www.sitaudis.fr/Parutions/actes-relatifs-a-la-mort-de-raymond-roussel-leonardo-sciascia-1663131210.php 


 

lundi 19 avril 2021

R. R. [x 2]

 


• Europe, n° 714, octobre 1988, 224 p. [75 F]


La liste des médications, tenue à jour par Charlotte Dufrène (« mon amie » comme dit le dernier manifeste), est, des œuvres de Roussel, une des mieux abouties : Phanodorme, Hypalène, Vériane, Rutonal, Sonéryl, Somnothyril, Neurinase, Acetile Veronidin.

Elle suit encore, après abandon de l’écriture visible, le cours de la « création imprévue due à des combinaisons phoniques ». Les commentaires aussi laissent croire à l’efficace du nom et de la chose : sommeil euphorie extra, euphorie très grande euphorie euphorie toute la journée sommeil bon sommeil formidable euphorie euphorie désordonnée.


On commence mal une biographie par sa fin, sauf dans le cas, prédicable ici, où l’on ne sait rien… sinon ce qu’implique ce rapport du docteur Pierre Janet : « Sa vie était construite comme ses livres. »


« Raymond Roussel, presque »

Philippe G. Kerbellec

[p. 138]


• Europe, n° 1104, avril 2021, 370 p. [20 €]


Une félicité qui est peut-être un autre nom de la gloire : de fait, dans l’imaginaire rousselien, la gloire apparaît moins comme un effet de la réussite de l’œuvre que comme une substance, lumière ou fluide émanant d’un sujet sans failles, dont ce rayonnement atteste la plénitude. C’est pourquoi l’expérience, cruelle, de son irréalité sociale a son lieu dans le corps même de l’auteur : lorsque, à l’été de 1897, personne ne soulève son chapeau pour saluer le jeune auteur de la Doublure et de « Mon âme ». […] 


Quand la Doublure parut, le 10 juin 1897, son insuccès me causa un choc d’un violence terrible. J’eus l’impression d’être précipité jusqu’à terre du haut d’un prodigieux sommet de gloire. La secousse alla jusqu’à provoquer chez moi une sorte de maladie de peau qui se traduisit par une rougeur de tout le corps, et ma mère me fit examiner par notre médecin, croyant que j’avais la rougeole.


« Le style substantif de Raymond Roussel »

Christelle Reggiani

[p. 32]



dimanche 23 juin 2019

Rez-de-jardin


Il y a pour moi un autre sujet d’angoisse : la raie. La construction anatomique de ce poisson me serre le cœur : avoir ainsi la tête sur le dos ou sur le ventre, on ne sait pas, cela me fait mal. Ses ouïes, je les prends pour des yeux. Et ses yeux, elle les porte sous elle ! et elle a un nez ! et une bouche petite et cruelle. J’ai failli pleurer de douleur en déchiffrant cette épouvantable figure, et cette apparition s’est envolée vers la surface de l’eau, battant de ses nageoires comme si c’étaient des ailes, soudain devenue quelque oiseau marin, image reflétée de l’albatros aux grandes plumes. Non. Cela n’est pas possible, l’existence de la raie. Avoir les yeux ainsi placés, et voler dans l’eau, et ne rien faire. Non.

Queneau
Saint Glinglin (« Les poissons »)



lundi 3 septembre 2018

la palissade


Raymond Hains
(1976, 200 x 275 / FracBourgogne)

champagne !

passé
R. Hains a rincé à Reims

présent 
R. Hains rince à Reims

futur
R. Hains rincera à Reims


mercredi 14 juin 2017

c r a c


Raymond Hains (1926-2005)
[de la série SEITA / SAFFA]

dimanche 20 décembre 2015

ce que je crois

Je suis prêt à croire, avec Roussel, au « bexium », à l’« étanchium », à la « Raie Esturgeonnée », à l’« érythrite », à la « résurrectine », à l’oiseau « iriselle », aux « émerauds » (aphaniptères parasites de la pyrole calédonienne), à ses évangiles reconstitués, à l’histoire refondue, à tout exactement ce qu’il dit. Mais de là à penser qu’un homme pourrait prendre une aiguille de machine à coudre pour un marteau-pilon, même sous le charme d’un ensorcellement provoqué à la seconde opportune, non !

Jean Ferry
Une étude sur Raymond Roussel
Arcanes [Eric Losfeld], 1953, p. 102

Markus Raetz
Raymond Roussel (1980)

mercredi 10 septembre 2014

fêtes & rubans


Ce n’est pas seulement cette énorme erreur de perspective (ou le refoulement inconscient, ou la décision prise d’effacer de sa vision une perspective qu’il rejetait) qui rendit Fourier inapplicable. Une anxieuse volonté d’explorer dans sa totalité l’univers envahit ses œuvres confuses, à la structure labyrinthique, dont les subdivisions complexes donnent naissance à une concrétion proliférante de préfaces, d’intermèdes et de conclusions, définis par une terminologie d’une inépuisable richesse, telle que : Prolégomènes, Préambule, Intermède, Cislégomènes, Extraduction, Arrière-Propos, sans compter les divers Antienne, Cis-Médiante, Trans-Médiante, Intrapause, Cis-Lude, Ulter-pause, Ultralogue, Ultienne, Postienne, Postambule, etc. A cela s’ajoutent répertoires et tableaux synoptiques disposés suivant une numérotation particulière, où les chiffres alternent avec des signes graphiques spéciaux destinés à indiquer le pivot ou centre de la Série (d’où partent les deux ailes et les deux ailerons, ascendants et descendants) et l’ambigu, ou point de transition entre deux Séries, disposition qui peut même correspondre à une échelle musicale, avec ses accords en majeur et mineur. Or ces bizarreries formelles sont en parfaite cohérence avec le flux des raisonnements qui déborde en tous sens, parmi les renvois continuels à une œuvre future où les choses fondamentales seraient enfin dites.
Qu’est-ce qui distingue donc cette œuvre des innombrables paperasses de graphomanes fous, fondateurs de systèmes universels qui continuent à s’entasser dans les bureaux des éditeurs et des revues, de ces œuvres de philosophes incompris et cosmologues du dimanche que Raymond Queneau (grand lecteur de Fourier, d’ailleurs) s’était proposé, dans sa jeunesse, de recenser en dépouillant les catalogues de la Bibliothèque nationale ?
Plus encore que la vision d’une société vouée aux fêtes et aux cortèges, aux costumes ornés de plumes et de rubans, se défiant dans des guerres gastronomiques et galantes, domestiquant les zèbres et les autruches, ce sont les prophéties cosmologiques qui ont chez Fourier excité les railleurs : l’aurore boréale devenue perpétuelle et adoucissant le climat de toute la planète ; la mer acquérant un goût de limonade ; la lune, détruite depuis longtemps par les miasmes terrestres, remplacée par cinq lunes plus petites ; des animaux utiles à l’homme – l’anti-lion, l’anti-baleine, l’anti-crocodile – prenant la place des plus épouvantables bêtes sauvages.

Italo Calvino
La Machine Littérature (Seuil, 1984)
« Pour Fourier » (p. 171 à 208)

samedi 20 octobre 2012

Le mat du Fou et du Cavalier



En réunissant dans Comment… les textes relatifs aux échecs qui citent son nom, Roussel prend soin d’orthographier « formule Raymond-Roussel », avec un trait d’union ; en revanche, lorsque son nom propre, en tant qu’individu (« Monsieur Raymond Roussel »), apparaît dans ses textes, il est orthographié sans trait d’union.  Roussel s’est rendu compte de l’inconvénient de cette formule s’il ne mettait pas de trait d’union ; on aurait dit et l’on dirait encore la « formule Roussel », et non la « formule Raymond-Roussel ».

François Caradec, Raymond Roussel
(Fayard, 1997, p. 387)  

mercredi 8 septembre 2010

feuilles d’automne (1/10)


n° 1124
janvier 1985 (1977)
320 pages

Série « Fins de siècles » dirigée par Hubert Juin
Pauvert (1963) / Librairie Alphonse Lemerre (1935)


Raymond Roussel est né à Paris le 20 janvier 1877 et est mort à Palerme — Sicile —,
Grand Hôtel & des Palmes, le 14 juillet 1933.

(n’est-ce pas, le Tenancier ?)


dimanche 22 novembre 2009

quasi en direct



Sous Foulc (Thieri), Marc Décimo (soit Brisset-Duchamp) derrière mon dos, vers 17 h 17 — approximativement —, dans le grand auditorium (comble) de la Cité des sciences & de l’industrie de la Villette (désopilante séance de bilboquet en casque de pompier palmé, & Brian Reffin-Smith, anglais, qui nous zombifia…), ce jour, en toge asiatique brodée d'or, Fernando Arrabal (1932, Bobby Fisher, mouvement Panique, etc.) remit un diplôme (Grande Gidouille, Collège [de ’Pataphysique] dés-occulté…) à Jean-Marc Lévy-Leblond (40, Saorge, physicien exclusivement théorique, etc.), qu’il appelait dans son délicieux accent la-vie-la-blonde —, lequel ne reçut jamais les lettres, expédiées dix ans auparavant, qui le sollicitaient sur la justesse de sa vision personnelle concernant la théorie de la physique quantique.


(plume : F. Arrabal ; micro : Th. Foulc [Pô III])



« La Pataphysique est la science… »

jeudi 8 octobre 2009

Raymond Federman

(1928, Montrouge, Hauts-de Seine-6 oct. 2009, San Diego, Californie)



[cliquez sur celle-là, ci-dessus]
________
Quitte ou double, éd. Al Dante, 2004, p. 171
[traduit de l'anglais (U.S.) par Éric Giraud]
(286 p., 20 €)

vendredi 2 mai 2008

le cas Roussel



Pour ne plus voir ces idolâtres
Je travaille en fermant les yeux,
Sans souci de ces roussellâtres
Qui me mettent au rang des dieux.


Raymond Roussel (Paris 20 janvier 1877 - Palerme 14 juillet 1933).
« Mon Âme »
(poème écrit à dix-sept ans, publié à vingt, dans Le Gaulois, 12 juillet 1897)

lundi 21 avril 2008

un conte de fées




511 — Gide : « Vers 1920, je suis allé à Médrano avec tous les enfants Allégret. Nous étions au premier rang. Nous avons vu l’homme-aquarium : il avait une très belle tête d’intellectuel, il ressemblait à Artaud. Il faisait le tour de la piste en dégurgitant ses grenouilles. En passant devant moi, il me murmure : “Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire dans la vie…” »


Raymond Queneau
« Notes récentes (depuis juillet env.) recopiées à partir du 3 novembre » [1950]
in Journaux (1914-1965)