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vendredi 25 septembre 2026

la méprise

Mais, si j’ai demandé l’amour, pourquoi m’a-t-on apporté des tripes à la mode de Caen froides ?


in



Alvaro de Campos, « Tripes à la mode de Caen »

(traduction Armand Guibert, p. 261)

vendredi 27 février 2026

avec ou sans bulle

 


— La culture… La culture… A un moment donné, je me suis dit : « Mais, vivons, que diable ! » Alors, j’ai fait un livre !


Sempé


(— Laid ? gris ? No !)


vendredi 23 janvier 2026

pouce-en-l'air

 


Twin Peaks, série, David Lynch

saison 2, épisode 1 (1990)

(Hank Worden, 06:53)

samedi 1 novembre 2025

au trou, ou sous les verrous

 



Les rêves de la modernité littéraire sont pleins de prisonniers, Sade à la Bastille ou à Charenton, Ezra Pound dans une cage, puis à l’hôpital Sainte-Élisabeth de Washington, Artaud à Rodez, Jean Genet à Fresnes, Soljenitsyne au goulag, Desnos à Buchenval et à Auschwitz, Dostoïeski en Sibérie, Kafka séquestré dans Prague, la « petite mère [qui] a des griffes », Proust entre ses murs de liège, la cohorte grossissant des persécutés d’Amérique latine ou d’Europe de l’Est, Céline enfin, dans les glaces du Danemark, puis reclus à Meudon. Rares ceux qui ont échappé à cette dimension carcérale par laquelle notre temps met la parole au plus près de la délinquance, l’écrit dans la claustration, le verbe sous le triple signe du bagne, de la psychiatrie, de la solitude mortelle. Au fil du XXe siècle s’est ainsi révélé le monde nouveau dans lequel il nous faut vivre et dont la littérature s’est faite seule l’historienne, un monde de verrous et de galères sous l’œil des satellites, des radars et des missiles, un monde de châtiments et d’ossuaires, où la politique désormais n’est plus que le rythme des cortèges de réfugiés, des croisements de bateaux et de trains charriant leurs déportés, des abattoirs de plus en plus spectaculaires – écho par-dessus les hommes de la jouissance mortelle de leur maître.


Philippe Muray, Céline

Seuil, « Tel Quel », 1981

incipit (hors la préface), p. 29

vendredi 16 mai 2025

jeudi 24 avril 2025

B v V

— Vous êtes très proche de votre ami Beckett.


— On se comprend assez bien mais moi je suis un homme sans savoir. Beckett est le premier homme qui me soit venu en aide. J’étais dans un isolement encore plus grand qu’aujourd'hui quand je lui ai demandé de venir voir… Quelqu’un m’a dit : « Il s’intéresse à la peinture, demande-lui de venir. » Je l’avais vu une seule fois chez mon frère mais c’est trois ans après que je lui ai demandé de venir. Ça me paralyse, d’écrire. Depuis on s’est vu de longues années. J’aimais beaucoup sa manière de regarder les tableaux en ne disant presque rien. Aucun doute, c’est lui mon vrai sauveur. Parce que si on n’a pas une rencontre comme ça on est perdu.


[…]


— La « nécessité intérieure » selon Kandinsky ?


— J’ai vu Kandinsky à un vernissage avant la guerre. J’étais assez dérouté par sa peinture mais je voyais un type debout qui regardait son tableau derrière ses lunettes : un vrai esprit, une vraie force. Mais je ne le comprenais pas, je cherchais à rattraper mon petit chien qui s’évadait. Quand je pense à lui, je me dis que je voudrais être un type comme ça. On voit qu’il domine tout. C’est quand même un privilège d’être un intellectuel. Mon travail, c’est le contraire d’un travail intellectuel. C’est une dure histoire quand même de vivre une chose inconnue.


*


Dits et entretiens de Bram van Velde, anthologie de 56 documents, précédés d’un essai de Jérôme Thélot, L’Atelier contemporain, « Écrits d’artistes », avril 2025, 280 p. [p. 187 et 189]

vendredi 11 octobre 2024

On ira tous au

 

1321

même moi

1981

avec les saints et les assassins

1992

les femmes du monde et puis les putains

1993

toutes les bonnes sœurs et tous les voleurs

1994

toutes les brebis et tous les bandits

lundi 10 juin 2024

Tryphonné

 

 (parcelle d’écran capturée le 13 août 2023,
hasard d’une configuration du kaléidoscope en perpétuelle évolution d’un certain
POP9.)

vendredi 26 avril 2024

en euphémisant


« Combien de pas un senior doit-il faire par jour pour rester en bonne santé ? »

Soit la version modernisée, médicalement correcte, de l’abrupt

« Marche ou crève ! »

lundi 23 octobre 2023

Miss Miser

Paris l’hiver, le soir... au fond du brouillard sale,

Où le gaz allumé fait autant de points roux,

Maigre et la gorge offerte avec des grands yeux fous

Resplendit la Misère, hétaïre spectrale.


Ses bras nus sont bleuis de baisers et de coups.

Et tandis qu’elle étrangle un affreux chant qui râle,

Sous sa jupe de gaze enroulée en spirale

Elle montre aux passants sa cuisse et ses genoux.


Le fard s’écaille et coule aux deux coins de ses lèvres

Et, sous le froid qui mord, grelottante de fièvres,

Elle essuie en pleurant son épaule en sueur.


Ses pieds gonflés et gourds retombent sans cadence,

Et sous le Jablockhof à la blême lueur

Le clubman applaudit la Volupté, qui danse.


Jean Lorrain

Modernités, 1885


_____________

v. 13 : « Jablockhof » : modèle de lampe à arc pour l’éclairage public.



vendredi 26 août 2022

SADE à Helsinski

 

Bibliothèque nationale

© Christophe Kechroud

vendredi 28 mai 2021

esseffe

 

« Je ne suis jamais parti du principe qu’un jour un gigantesque monstre métallique descendrait la Cinquième Avenue dans un grand bruit de ferrailles, avec l’intention de dévorer tout New York ; en revanche, j’ai toujours redouté que mon téléviseur, mon fer à repasser, mon grille-pain ne m’annoncent, dans le secret de mon logis, sans personne pour me tirer de là, qu’ils prenaient le pouvoir et tenaient à ma disposition le règlement auquel j’allais dorénavant devoir me conformer. »

Philip K. Dick

cité (p. 99) in



(2021, 160 p., 16 €)


mardi 28 avril 2020

emploi du temps

10 h : je lis
midi : je lis
14 h : je lis
16 h : je lis
18 h : je lis
20 h : je lis
22 h : je lis
minuit : je lis

2 h : au lit !


(démarqué de l’un des Cent quarante signes, Alain Veinstein, Grasset, 2013, p. 162)

jeudi 2 avril 2020

La Peste écarlate


Jack London (1912)




traduit de l’anglais par Paul Gruyer et Louis Postif

Editions G. Crès et Cie (1924)

(excipit)

dimanche 1 mars 2020

des stratagèmes


« Je ne regrette pas les orgies de livres. Je me sens comme au temps de la gestation de Masse et Puissance. A l’époque déjà, tout passait par l’aventure avec les livres. Lorsque je n’avais pas d’argent, à Vienne, je dépensais en livres tout l’argent que je n’avais pas. Même à Londres, au temps des vaches maigres, je réussissais encore, de temps à autre, à acheter des livres. Je n’ai jamais appris quelque chose de façon systématique, comme d’autres gens, mais uniquement dans la fièvre soudaine de l’émotion. Le déclenchement se produisait toujours de la même manière, à savoir que mon regard tombait sur un livre, et il me le fallait. Le geste consistant à s’en saisir, le plaisir de flamber son avoir, d’emporter le livre à la maison ou dans le café le plus proche, de le contempler, le caresser, le feuilleter, le mettre de côté, de le redécouvrir le moment venu, parfois des années plus tard — tout cela fait partie d’un processus créatif dont les rouages cachés m’échappent. Mais cela ne se passe jamais autrement chez moi et il me faudra donc acheter des livres jusqu’à mon dernier souffle, en particulier lorsqu’il m’apparaîtra que je ne les lirai sans doute jamais.
« Vraisemblablement est-ce encore là une manière de défier la mort. Je ne veux pas savoir lesquels, parmi ces livres, ne seront jamais lus. Leur sort, à cet égard, demeurera incertain jusqu’à la fin. J’ai la liberté du choix : parmi tous les livres qui m’entourent je puis, à tout moment, choisir librement, et le cours même de la vie, de ce fait, repose en ma main. »
(1973)

« Quelqu’un remet à plus tard, d’année en année, ses ouvrages les plus importants. Il sait qu’il ne peut pas mourir avant de les avoir livrés mais, contre la mort, il n’est ruse qui ne lui paraisse licite. »
(1969)

Elias Canetti
Le Livre contre la mort (Das Buch gegen den Tod)
Albin Michel, 2018



jeudi 13 février 2020

*


Claire Bretécher
(1940-2020)

lundi 27 janvier 2020

Retour à l’envoyeur




Entre « la tarte de l’art pour l’art », « la tarte de sidération partagée », « la tarte tombée pour rien » et « la tarte pour avoir le dernier mot »…

Evitant « le conflit du paris-brest contre une omoplate » (puisque le film a fait un four),

Pierre Senges — arbitre des élégances, maître de ballet — saute du coq à l’âne

— « le coq est Søren Kierkegaard, l’âne Kiki de Montparnasse » —

sans en passer par Deleuze, Gilles — « Qu’est-ce qu’un visage ? Système mur blanc / trous noirs », de mémoire —, le contournant adroitement, ni même par une certaine « gazette bimestrielle d’orthographe et de poésie » — souvenir, souvenirs…

Il fait se confronter — face à face

— ou, à ma droite :

Stan Laurel, gagman de Californie (épaulé — épaulé-jeté — par Hardy), 

armé de sa déclaration about La Bataille du siècle (The Battle of the Century, court-métrage, 1927), dont une bobine — le film en rouleau, non le visage, la binette, la bouille — manquerait,

échos du burlesque, « quand il a été inventé, quelques années après le filament et le téléphone », le plus long attentat pâtissier — un record du temps du muet (ou dix minutes d’entartrages, entre peaux de banane et courses-poursuites, sur pellicule), et non sans le renfort salarié de cohortes d’« assignateurs de significations » (les descendants des herméneutes et des exégètes) expressément engagés :

« On a voulu faire en sorte que chaque tarte ait un sens. »

   — et, à ma gauche :

Angelus Silesius, plus léger que la plus légère — des crèmes 

ravi de la crèche, mystique allemand contemplatif

équipé de cet extrait (distique) du Pèlerin chérubinique (1657), un recueil de 1 676 poèmes courts (souvent des alexandrins), soutenu par des hordes de moniales, de solitaires de couvent, une infanterie de pères de l’Eglise, férus de Bible et de sacré :

« La rose est sans pourquoi [ohne warum]. Elle fleurit parce qu’elle fleurit.
Ne prend soin d’elle. Ne demande pas : suis-je regardée ? »

Les deux sœurs McKensie, de la Los Angeles Cream Pie Company (un empire : grandeur et décadence), vont régler les assauts — d’amabilités — de ce débat subtil, néanmoins carabiné, légèrement chicaneur, spéculatif.

On y verra passer — de cour à jardin — quelques considérations renversantes (« on ne le dira jamais assez : recevoir une tarte en pleine figure demande de savoir viser »), « des tartes de vaudeville côtoyant des tartes compréhensibles seulement d’un point de vue shintoïste * » et — de fond en comble — les hauts paniers de la théologie, le Monastère des Noms infusés dans l’Eau Chaude, « les membres d’un chœur d’Aristophane déguisés en hippopotames ou en docteurs de la foi », la lévitation en tulles & l’invention de la crème Chantilly (bulles, air, bulles d’air…) rococo par le surintendant des Finances Nicolas Fouquet au fin fond de sa cellule de prison, « l’iconographie du chou depuis Nicolas Poussin (du chou expressionniste, du chou chez Eisenstein…) » (je n’invente rien, je me contente de citer **), « des ouvrages de six volumes et douze mille pages au sujet d’un seul zeste de citron »…

Produit par Hollywood (Universal ou Warner Bros). Illustré par Bretzel et Bretelle. Avec, outre les figurants ne figurant que pour leurs figures (au sens propre), leurs faces éphémères de lune enfarinée, Giordano Bruno, Rodolphe Töpffer, le docteur Caligari, John Ford, Marlene Dietrich, les frères Marx, Wittengstein et Heidegger..., et la participation exceptionnelle de Jean-Jacques Rousseau (parvenu jusqu’ici en passant par on ne sait quel soupirail), Buster Keaton, Rudolph Valentino et Henri Bergson (la crème fouettée claquée sur du vivant).

_________________
« Encore faut-il que ça existe. » (NdPS) 
** «  Si j’ai bien compris à force de l’entendre répéter, il n’existe que des copies, l’original est toujours la copie d’autre chose. » (id.)


————————
Pierre Senges, Projectiles au sens propre
Verticales, 2020, 168 pages, 16,50 euros

(publié sur Sitaudis le 16 janvier)

jeudi 7 novembre 2019

treize points d’interrogations (sur mille huit cent vingt) ?


[...]
Les interlignes se couchent-elles sous des phrases pour s’accoupler avec le vide ?
L’alphabet reconnaît-il son intensité lorsqu’il se déguise en une énergie ?
Te mélanges-tu avec le réel grâce à un décalage entre ta présence et tes rêves ?
Les lettres parlent-elles de nous-mêmes lorsqu’elles sont lues en silence ?
Te réjouis-tu au moyen d’une angoisse qui intensifie tes extases bestiales ?
Les choses se dissolvent-elles dans des formes qui court-circuitent la matière des causes ?
Ma langue prend-elle corps dans mon silence si j’écris pour avoir peur de mes paroles ?
Les nombres refroidissent-ils des ordinateurs qui attendent d’être réanimés par des lettres ?
Ton humanité s’incarne-t-elle dans une bête si elle est domestiquée par l’intelligence d’un animal ?
S’allégeait-il depuis qu’il était poursuivi par des empreintes d’oiseaux ?
Nos peaux s’adaptent-elles à toutes les couleurs parce que le soleil brille pour tout le monde ?
Les arts sont-ils certains d’être ridicules s’ils sont mis en doute par une musique inadmissible ?
Tes lignes matérialisent-elles des flèches qui visent un nombre totémique ?
[...]

Questions
[2019]
(inédit)