jeudi 30 juillet 2026

Ça roule, Raoul ?

 


113. La mort est la dernière indignité que l'on s'inflige. En cela, nulle malédiction, la dénaturation à laquelle nous avons acquiescé y suffit. C'est le « pli de l’esprit » que dénonce Antonin Artaud. Les chaînes que nous avons forgées, ce n'est ni par la peur ni par la culpabilité que nous les briserons, c'est par la vie redécouverte et restaurée.


116. Le parti pris de la vie est celui de l'enfant qui cherche la jouissance et fuit le déplaisir. Je combattrai tout apprentissage qui ne se fonde pas sur un tel principe.


232. Mourir, quelle banalité ! Qui supporterait la vulgarité d'une injonction intimée à toute heure du jour et de la nuit ? La rencontre avec la vie qui nous a donné naissance mérite plus d'exubérance passionnelle que la fin de non-recevoir qui l’interrompt. C'est bien la moindre des prévenances que la poésie du vivant annule le prosaïque avis de clôture.


Raoul Vaneigem

Grimoire. Journal d’une alchimie du moi.

Grevis Éd., Caen, 2026

(156 p., 687 fragm. numérotés, 14 €) 


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Raoul Vaneigem, né le 21 mars 1934 à Lessines (Belgique), est mort le 28 juillet 2026 à Barcelone (Espagne)

lundi 27 juillet 2026

— Comme un lundi

 


Mlle Ledentu (Christelle Cornil)

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photogramme – OSS 117 : Rio ne répond plus (Michel Hazanavicius, 2009) 


vendredi 10 juillet 2026

very bad book

 « Il y a des écrivains ravalés, dangereux loustics, farceurs au quarteron, sombres mystificateurs, véritables aliénés, qui mériteraient de peupler Bicêtre. Leurs têtes crétinisantes, d’où une tuile a été enlevée, créent des fantômes gigantesques, qui descendent au lieu de monter. »

Lautréamont, Poésie I 


Question affaires louches, trafic en tout genre, lâcheté, loupés, chantages,

prévarications et maquereautages en ses diverses acceptions…


Pour progresser dans l’art de l’assassinat...


« Le vol est affaire de technique, l’assassinat, un art. Pour combiner les deux, faut être un cador.

C’est pas à la portée d’un gland comme toi qui vit avachi sur son canapé. » (p. 31)



— Feel bad book —



« Toi t’es qu’un nain, il dit ; et un sous-con. Jagotti permet pas. Ça s’envenime. Ils vont en venir aux mains, je les connais. J’en profite pour m’éclipser. Dans la rue, j’aperçois Odette qui lèche vitrines. Elle est avec un type. On dirait Jagotti. Pas le Jagotti que Faussard à c’t’heure lui casse une gueule, non, son frère ou un cousin. Ou un homonyme ? Et ils entrent dans une boutique de sous-vêtements. Vite, retour au bistrot. Les gars sont toujours à se foutre sur. Eh, je dis, stop, y’a du nouveau, bande de tarés ! Quoi ? ils disent. Odette ! Elle est à côté, à se faire payer des culottes à trous par un type louche. »


« Bistrot », p. 56


Daniel Cabanis exagère — et pas qu’un peu

Il exagère à plein tube

— là où passent cruauté, connerie et crânerie


(On dirait qu’il boit sans nous l’ dire)


Daniel Cabanis exagère

— Quant à gérer c’est une autre affaire

Mordre, bêtifier, médire et encourager 

À la délation, au meurtre

C’est le moins qu’il puisse faire


Il trouve ça drôle

En soirée de faire l’idiot

Il le fait si bien qu’on y croit

C’est un maître clown

On dirait qu’il aboit

Qu’il geint

— Qu’il se terre !


En vérité il est tout en mesures

En feintes & en réthorique

(Penche au quart à la cour de Pise)

Il hésite entre le pire

      & le pire du rire


Daniel Cabanis exagère

Commandite et exécute

Quelques basses œuvres

Il achète un parapluie d’apparat

Provoque railleries et rictus

Cauchemarde sévère

Entre « Chien » et « Croûte »


Entr’absurde & grand-guignol

Cabanis manipule des marionnettes de triste cire

Ça se gondole et dégouline

Entre cauchemars éveillés

Vastes tromperies

Salles blanches

& hôpital psy



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Daniel Cabanis

J’exagère sans peine

L’Incertain, 2026

84 p. [10 €]