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vendredi 22 janvier 2021

protection FFP *

 

 

le Grand Vocabulaire françois
tome troisième
M. DCC. LXVIII (1768)
 
p. 465 (bas)

1767-1774 — 15 vol. regroupant 30 tomes
(environ 18 240 pages)
 
consultable sur Gallica
 
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( * Filtering Face Piece )
 

lundi 29 juin 2020

. .


un bracelet 
qu’un ou une
une je crois
jeune styliste
lui a passé à la cheville
lors d’une étreinte adolescente

écorce est-ce le mot
ou ocellements de lumière
ou de larmes
platane là d’un bond, lumière crue tango, un bal immobile, ce neutre de deuil
un grand système à aimer

il est de l’essence du platane de dormir debout contre une femme tirée au sort par toutes les femmes pour être représentées dans son sommeil, tout comme il est de l’essence du sommeil d’aspirer au partage entre les dormeuses dont les racines se confondent, tandis qu’il est de l’essence des racines de valser, in sheer
bobolinkness

sable
pour être ratissé anonymement
un je ratisse le sable de sang argenté au pied du ciel
cette musique
absorbe l’arbre moi

[…]


Dominique Fourcade
« platane commence par »
magdaléniennement
P.O.L, 2020
(p. 55-56)



lundi 15 juillet 2019

pléonasme



Je me souviens de ton grand étonnement à la vue d’un panneau imposant signalant un chantier :

ICI, CONSTRUCTION
(D’UN LOTISSEMENT)
DE MAISONS NEUVES


— Est-il possible d’envisager la construction de maisons vieilles ?… t’interrogeais-tu.

Et pourquoi, pour l’esprit, manquerait-il quelque chose à la lecture d’un simple : ICI, CONSTRUCTION DE MAISONS.


à la mémoire de Richard Herlin


mardi 30 avril 2019

des idiolectes


« Il [sieur Jacques Roland de Belebat] a bien mis en lumière la neurologie et la morphogenèse du système laryngo-buccal du locuteur ; il a cartographié la gestuelle articulatoire, la courbe intonationnelle et les stratégies verbales d’interaction des instances dialogales. Il a enfoncé par avance la plupart de nos théories modernes dont l’intelligentsia n’a pas fini de se régaler dans ses abouchements, les trois fonctions duméziliennes, l’intermédiarisme fortéen, les brissetteries, les lacaneries, les barthésianeries, les lévinasseries, les foucalderies, les bourdieuseries et les derridérismes. Il n’a toutefois pas été assez loin ni assez profond dans la poche à néant, caverne infralabiale où l’on ne peut plonger le bras sans le perdre à jamais. » 

Didier Barrière, Aux abords du fantastique, « La bouche sans langue »
L’Arbre vengeur, 2013 (p. 105-106)



dimanche 26 octobre 2014

mac


Le douloureux Charles Baudelaire se complut un moment non sans férocité dans cet état ; accident sans doute par attachement à sa ténébreuse métisse, son idole noire qui avait le secret de lui assurer d’épuisants plaisirs. Jeanne Duval se prostitua à Dijon pour subvenir à leurs besoins communs. Elle n’y prenait aucune peine, il est vrai. Le champ de bataille était dans l’hôtel même où ils étaient descendus et avec la furie d’un sadisme cérébral, Baudelaire l’envoyait au sacrifice en l’adjurant de bien dire les raisons de cet impur holocauste et il prenait un curieux plaisir à obtenir les détails du marché et des échanges. M. Jacques Crépet en a rapporté de croustillants et désolants détails, celui par exemple d’un homme très digne qui, apprenant les mobiles de la prostituée, refuse la consommation en en abandonnant le profit ; Baudelaire n’accepta pas cette sorte d’aumône et poussa la complice à tenir l’engagement souscrit en acceptant les enjeux. Et quel piment de sacrilège quand elle eut pour client un prêtre ! Ce raffinement de péché ravissait l’horticulteur des fleurs maléfiques. Guillaume Apollinaire prit plaisir à le rapporter. Il faut convenir que le poète malade mettait quelque fanfaronnade dans son vice.

René-Louis Doyon, Eloge du maquereau, Serge Safran éditeur
édition établie et présentée par Eric Dussert, 2014 (1re éd. 1949)



mercredi 10 septembre 2014

fêtes & rubans


Ce n’est pas seulement cette énorme erreur de perspective (ou le refoulement inconscient, ou la décision prise d’effacer de sa vision une perspective qu’il rejetait) qui rendit Fourier inapplicable. Une anxieuse volonté d’explorer dans sa totalité l’univers envahit ses œuvres confuses, à la structure labyrinthique, dont les subdivisions complexes donnent naissance à une concrétion proliférante de préfaces, d’intermèdes et de conclusions, définis par une terminologie d’une inépuisable richesse, telle que : Prolégomènes, Préambule, Intermède, Cislégomènes, Extraduction, Arrière-Propos, sans compter les divers Antienne, Cis-Médiante, Trans-Médiante, Intrapause, Cis-Lude, Ulter-pause, Ultralogue, Ultienne, Postienne, Postambule, etc. A cela s’ajoutent répertoires et tableaux synoptiques disposés suivant une numérotation particulière, où les chiffres alternent avec des signes graphiques spéciaux destinés à indiquer le pivot ou centre de la Série (d’où partent les deux ailes et les deux ailerons, ascendants et descendants) et l’ambigu, ou point de transition entre deux Séries, disposition qui peut même correspondre à une échelle musicale, avec ses accords en majeur et mineur. Or ces bizarreries formelles sont en parfaite cohérence avec le flux des raisonnements qui déborde en tous sens, parmi les renvois continuels à une œuvre future où les choses fondamentales seraient enfin dites.
Qu’est-ce qui distingue donc cette œuvre des innombrables paperasses de graphomanes fous, fondateurs de systèmes universels qui continuent à s’entasser dans les bureaux des éditeurs et des revues, de ces œuvres de philosophes incompris et cosmologues du dimanche que Raymond Queneau (grand lecteur de Fourier, d’ailleurs) s’était proposé, dans sa jeunesse, de recenser en dépouillant les catalogues de la Bibliothèque nationale ?
Plus encore que la vision d’une société vouée aux fêtes et aux cortèges, aux costumes ornés de plumes et de rubans, se défiant dans des guerres gastronomiques et galantes, domestiquant les zèbres et les autruches, ce sont les prophéties cosmologiques qui ont chez Fourier excité les railleurs : l’aurore boréale devenue perpétuelle et adoucissant le climat de toute la planète ; la mer acquérant un goût de limonade ; la lune, détruite depuis longtemps par les miasmes terrestres, remplacée par cinq lunes plus petites ; des animaux utiles à l’homme – l’anti-lion, l’anti-baleine, l’anti-crocodile – prenant la place des plus épouvantables bêtes sauvages.

Italo Calvino
La Machine Littérature (Seuil, 1984)
« Pour Fourier » (p. 171 à 208)

vendredi 1 février 2013

herboristerie


Les aultres ont leur nom par Antiphrase & contrarieté : comme Absynthe, au contraire de pynthe, car il est fascheux à boyre. Holosteon, c’est tout de os : au contraire, car herbe n’est en nature plus fragile & plus tendre, qu’il est.
Aultres sont nommées par leurs vertus & operations, comme Aristolochia, qui ayde les femmes en mal d’enfant. Lichen qui guerist les maladies de son nom. Maulue qui mollifie. Callithrichum, qui faict les cheveulx beaulx. Alyssum, Ephemerum, Bechium, Nasturtium, qui est Cresson Alenoys : Hyoscyame, hanebanes, & aultres.
Les aultres par les admirables qualitez qu’on a veu en elles, comme Heliotrope, c’est Soulcil, qui suyt le Soleil. Car le Soleil levant, il s’espanouist : montant, il monte : declinant, il decline : soy cachant, il se cloust. Adiantum : car iamais ne retient humidité, quoy qu’il naisse près les eaues, & quoy qu’on le plongeast en eaue par bien long temps : Hieracia, Eryngion, & aultres.
Aultres par Metamorphose d’hommes & femmes de nom semblable : comme Daphné, c'est Laurier, de Daphné : Myrte, de Myrsine : Pytis, de Pytis, Cynara, c’est Artichault : Narcisse, Saphran, Smilax, & aultres.
Aultres par similitude, comme Hippuris (c’est Prelle) car elle ressemble à queue de Cheval : Alopecuros, qui semble à la queue de Renard : Psylion, qui semble à la Pusse : Delphinium, au Daulphin : Buglosse, à langue de Beuf : Iris, à l’arc en ciel, en ses fleurs : Myosata, à l’aureille de Souriz : Coronopous, au pied de Corneille. Et aultres. Par reciprocque denomination sont dictz les Fabies, des Febves : les Pisons, des Poys : les Lentules, des Lentiles : les Cicerons, des poys Chiches. Comme encores par plus haulte resemblance est dict le nombril de Venus, les cheveulx de Venus, la cuve de Venus, la barbe de Iuppiter, le sang de Mars, les doigtz de Mercure : Hermodactyles : & aultres.
Les aultres de leurs formes : comme Trefeueil, qui a trois feueilles : Pentaphyllon, qui a cinq feueilles : Serpoullet, qui herpe contre terre : Helxine, Petasites, Myrobalans, que les Arabes appellent Béen, car ilz semblent à gland, & sont unctueux.

Rabelais
Le Tiers Livre des faicts et dicts héroïques
du bon Pantagruel
chapitre L. — « Pourquoy est dicte Pantagruelion,
& des admirables vertus d’icelle. »