samedi 14 février 2026

« Bonnes feuilles »

 dans la nouvelle série 

« Daniel Cabanis a trouvé » (8)

 


Bianca Saldine (2026) / Coll. Marcel Navas, Paris

1 commentaire:

Anonyme a dit…

NOTULE SUR HOUELLEBECQ POETE

En marge de Houellebecq l’homme public peu fréquentable et parfois foncièrement repoussant, on trouve le Houellebecq poète, qui déroule depuis maintenant plus de trente ans au fil de ses recueils son mal-être congénital, sa sehnsucht inguérissable en un parcours dont le but, la fin morbide, l’être-pour-la-mort se rapproche insupportablement sans jamais être atteint, comme par la flèche paradoxale de Zénon. Puisque la chair est triste, que l’amitié est une connerie, sans même parler du reste, de tout le reste (Le vieillissement atroce, la société immonde…) reste quand même la possibilité, non pas d’une île, mais d’une certaine poésie, toujours la même, qui, à défaut de sauver le monde, comme le dit Siméon, pourrait, telle une sorte de stase sidérée, atténuer la douleur et éviter l’espoir vain («Disposition infernale» dixit Beckett) d’une amélioration qui s’avèrera toujours décevante. Comme le pendule de Schopenhauer qui oscille entre la souffrance et l’ennui, l’aspiration houellebecquienne à un au-delà de l’ici-bas et de ses odeurs de cuisine semble hésiter entre un anéantissement quasi bouddhiste et une renaissance ou dissolution dans la lumière froide et désolée d’un paradis sans amour. L’aspect strictement autobiographique de cette poésie ne produit pas d’accumulations d’anecdotes dérisoires, pas de syllogismes à la Cioran. Pour y être sensible et y trouver son miel, peut-être est-il nécessaire d’avoir soi-même connu ces états étranges d’effondrement intérieur durant lesquels la durée elle-même semble se cristalliser et vibrer, «dans un abject paroxysme».