Affichage des articles dont le libellé est un livre en papier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est un livre en papier. Afficher tous les articles

vendredi 6 mars 2026

Sinon, c'est N.O.

 


Le libraire invite Jean-Pierre Siméon pour une rencontre et une dédicace, suivies d’un petit atelier fist fucking récréatif pour bien habiter poétiquement le monde.

*

Un jour la librairie sera en redressement judiciaire, mais en attendant le libraire impose le respect : il avait compulsé un livre d’Annie Ernaux avant l’attribution de son Nobel.

*

Quand le psychopathe commande seize exemplaires de Qui a tué Minou-Bonbon ? de Joseph Périgot, chez Mini Syros, le libraire lui demande si sa séance avec son analyste s'est bien passée.


Christophe Esnault

Le Libraire et le Psychopathe

Labyrinthes Éd., 70 p., 9 euros

samedi 1 novembre 2025

au trou, ou sous les verrous

 



Les rêves de la modernité littéraire sont pleins de prisonniers, Sade à la Bastille ou à Charenton, Ezra Pound dans une cage, puis à l’hôpital Sainte-Élisabeth de Washington, Artaud à Rodez, Jean Genet à Fresnes, Soljenitsyne au goulag, Desnos à Buchenval et à Auschwitz, Dostoïeski en Sibérie, Kafka séquestré dans Prague, la « petite mère [qui] a des griffes », Proust entre ses murs de liège, la cohorte grossissant des persécutés d’Amérique latine ou d’Europe de l’Est, Céline enfin, dans les glaces du Danemark, puis reclus à Meudon. Rares ceux qui ont échappé à cette dimension carcérale par laquelle notre temps met la parole au plus près de la délinquance, l’écrit dans la claustration, le verbe sous le triple signe du bagne, de la psychiatrie, de la solitude mortelle. Au fil du XXe siècle s’est ainsi révélé le monde nouveau dans lequel il nous faut vivre et dont la littérature s’est faite seule l’historienne, un monde de verrous et de galères sous l’œil des satellites, des radars et des missiles, un monde de châtiments et d’ossuaires, où la politique désormais n’est plus que le rythme des cortèges de réfugiés, des croisements de bateaux et de trains charriant leurs déportés, des abattoirs de plus en plus spectaculaires – écho par-dessus les hommes de la jouissance mortelle de leur maître.


Philippe Muray, Céline

Seuil, « Tel Quel », 1981

incipit (hors la préface), p. 29

lundi 22 septembre 2025

derviche

Le désir d’Écrire : écrire le Désir : nous touchons là au cœur du mythe. Dans le même entretien, Barthes évoque l’épuisement de la littérature. Mais c’est peut-être le contraire qui se produit depuis Kafka, Artaud, Bataille, Blanchot, Laporte, Celan, Des Forêts, Noël, Quignard, Bernhard et d’autres écrivains, présents et à venir…

Les vieilles ficelles du roman se putréfient dans l’autofiction et le « docufiction » ; leurs auteurs sont hypnotisés par la véracité de l’immédiat, par l’exigence de sa médiatisation, par le « buzz » qui en est attendu. À l’inverse, la littérature dite « épuisée », pauvre en « sujets », en « objets », pauvre en intrigues passionnantes et en péripéties, est un commencement comme l’est tout désir suspendu à la naissance de son objet : elle exige simplement une lecture patiente, comparable à l’écoute musicale ou à la contemplation d’un tableau ; elle existe comme art ; elle a conquis durement ce droit à l’existence ; elle n’est pas tenue de rendre hommage ni aux « sujets de société » ni aux caprices de l’événementiel.


in


2016, 64 p.
(p. 44-45)

mercredi 3 septembre 2025

« Je ne sais pas »

 Je vais deux, trois fois par semaine à la Grande Bibliothèque, dans les librairies d’occasion – j’en suis gêné parfois : je dois être aux yeux de quelques libraires le fou braque, le piqué des livres. Plus ou moins quatre cents livres par année entrent dans ma bibliothèque. Les livres sont mes alcools. Je lis parce que je ne sais pas ce qui m’arrive : je ne me connais pas et je ne connais pas le monde dans lequel je vis. La plupart pensent se connaître, connaître le monde dans lequel ils vivent – se contentent-ils de l’identité fournie par les institutions sociales : qui sont-ils en dehors de leurs cartes, certificats, comptes, diplômes. Chaque fois que dans un livre les mots je ne sais pas apparaissent, je les souligne. J’aime cette petite phrase : elle laisse tout ouvert. Des individus parlent beaucoup sans s’arrêter à ce qu’ils disent : ils répètent ce qu’ils ont entendu, lu, contents de montrer qu’ils sont dans le coup. Ils pensent comme presque tous, presque parce qu’il y en a quelques-uns pour qui la parole ne coule pas, qui hésitent, disent je ne sais pas, cherchent des phrases qui vont dire le plus justement ce qu’il ressentent, prennent le temps de penser ce qu’ils n’ont pas encore pensé.


In


Québec, 2011

(72 p.)


jeudi 24 juillet 2025

livres : généralités

 Nous dissertâmes tout au long du repas sur le bonheur et la malédiction pesant sur notre sort : les livres sont coûteux à l’achat, ne valent rien à la revente, sont hors de prix lorsqu’il faut les retrouver une fois épuisés, sont lourds à porter, prennent la poussière, craignent l’humidité et les souris, sont à partir d’une certaine quantité quasi impossibles à déménager, nécessite un classement précis pour pouvoir être utilisés et, surtout, dévorent l’espace. (Il m’est arrivé d’avoir une salle de bains aux murs tapissés de rayonnages, ce qui interdisait l’usage de la douche et obligeait à prendre son bain la fenêtre ouverte à cause de la condensation ; et aussi, dans ma cuisine, ce qui prohibait un certain nombre d’aliments à l’odeur particulièrement prégnante. Comme nombre de mes confrères, j’ai mis longtemps avant d’avoir les moyens immobiliers de mes ambitions bibliophages !)

in 


2008
_______
(144 p. [p. 16])


mardi 1 juillet 2025

« Qu’est-ce que la vérité ? »



in


192 p. , 1969

(couverture à rabats, perforations SP)

samedi 24 mai 2025

— sauvé des eaux —

 quatrième



ACHEVÉ D’IMPRIMER

LE 12 NOVEMBRE 1921

PAR F. PAILLART A 

ABBEVILLE (SOMME)




recueil de quatre nouvelles : « Le planteur de Malata », « L’associé », « L’Auberge des deux  Sorcières », « À cause des dollars », précédées d’une « Note du traducteur » (p. 8) et d’une « Note de l’auteur » (p. 9 à 12) ; 176 p.


*


notre exemplaire : signé en manière d’ex-libris, au porte-plume, en haut des pages 4 et 6 : L. Delaruelle, oct. 24.



jeudi 20 mars 2025

ANTÉLOPICUS

 


Engravé au primaschiste des écroules,

Geyse dans les fabules remémores,

Paléo, paléo Antélopicus des Milmilaires !

Qual fiérallant vecta cottécaille !

Vigorance de ta têtangule en fonçaflèche !

Frémillance d’orguille àton nervocodal !

Tes pharazieux enfascinaient les maragrouilles.

Des myrielles d’animaculs s’emproissaient dans ta magnétise.

Cétètoi la majœuvre de la Créate,

Paléo, paléo Antélopicus des Milmilaires !

T’avais la certe de tiendrentoi la réalise de la Perfecte Absole.

Teussavaispas qu’en succède àton existe, la chaînatisse de l’Évolucosme s’encaminerait danleu mieuzencor du plusavant.

Povéra vanite d’un monstruosus, empireur des océaniques en hun peutitemps queucèrien dans les géosoraires !

Éjordhui, tè plucune traçure d’ombrune dans l’éternabsence !

Paléo, paléo Antélopicus des Milmilaires !



André Martel, Œuvre paralloïdre

Textes réunis et présentés par Brice Liaud

Illustration de couverture : Benoît Jacques

On verra bien (Limoges), 2025, 428 p., 22 €

————————

« Antélopicus », in Le Mirivis des Naturgies (1963) [p. 168]


Recension d’Alain Frontier sur Sitaudis

vendredi 7 mars 2025

penthouse

 


« Je tourne le dos à leur feinte hilarité et franchis une porte par laquelle je suis certaine d’être déjà passée, mais pour me retrouver dans une pièce que je n’ai pas encore visitée – on dirait une salle de jeux. La musique est beaucoup plus forte ici, mais sa source demeure aussi mystérieuse que jamais. Les gens s’adonnent à des mimes et à des parties de strip-poker, jettent des balles de ping-pong dans ce qui ressemble à un stupide concours de boissons, jouent au billard avec des queues tordues. Le jeu de l’âne a troqué l’appendice caudal pour des yeux en papier qu’il faut épingler à des fesses nues. Ça hurle de partout, les rires sont odieux, un épais voile de fumée maléfique. Je hais cette soirée, me sent violée par elle. Je ne souhaite qu’une chose : rentrer chez moi ! »


Mascarade, Robert Coover

traduit de l’anglais (États-Unis) par Stéphane Vanderhaeghe

Quidam éditeur, 2025, 180 p. [p. 77]

mercredi 6 novembre 2024

clôture


[…] et je n’exagère pas si j’affirme que mon histoire a commencé là, que c’est à partir de ce désamour que j’ai ébauché la Grande Idée selon laquelle, si cela ne tenait qu’à nous, nous chasserions les lecteurs de la bibliothèque comme on chasse les porcs d’une bijouterie, car les bijouteries sont remplis de porcs, et vous devez prendre cela au pied de la lettre, mais bon, je vous expliquerai pourquoi plus tard, le fait est que nous ne devrions laisser personne s’approcher des livres, les livres devraient rester, tel était notre rêve, à leur place, soigneusement rangés, et ainsi nous pourrions créer, pour poursuivre mon rêve, un Paradis du Savoir que rien ne viendrait troubler, non, pas seulement du savoir mais de tout ce qui s’y rapporte, et dont nous, les bibliothécaires, qui n’en sommes pas les auteurs, serions chargés d’assurer la protection, d’un côté il y aurait donc les lecteurs, je parle toujours de mon rêve, qui tenteraient chaque jour de pénétrer à l’intérieur de la bibliothèque, avec l’intention d’y consulter des ouvrages sur place, ou carrément de les emprunter, mais ne pourraient ni entrer, ni consulter, ni carrément emprunter puisque, de l’autre côté, les bibliothèques seraient FERMÉES, et définitivement, les livres seraient non dérangés, non lus, oh, dieux du ciel, c’était si beau, ne serait-ce que de l’imaginer […]


Petits Travaux pour un palais

« Pénétrer la folie des autres »

László Krasznahorkai

traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly

Cambourakis

112 p., 2024

[p. 18-19]


 

samedi 5 octobre 2024

Burl/Guignol-esque


Tout va pour le mieux au restaurant Drouant, une matinée de début novembre — en une époque troublée par le mouvement des Gilets jaunes, mais encore ignorante du « virus de Wuhan » —, lors de l’attribution du prix Goncourt et du prix Renaudot, jusqu’à ce qu’un duo d’espiègles, Virginie et Frédéric, empoisonne à leur insu les deux jurys avec des gouttes de LSD.

La suite n’est pas dicible en prose...

               *   *   *

« Abuse pas des gouttes, Vicky !

» Nous refais pas un Pont-Saint-Esprit !

» C’est arme de psychose massive,

» Qui le cerveau calcine et lessive,

» Que ta main tient d’une aise excessive...

— T’inquiète ! On est gendelettre, non ?

» Donc on est géomètre. L’ogive

» Et la divine proportion,

» C’est mon dada ; note ma dérive :

» Par pélo une goutte environ,

» Cinq gouttes donc dans la cafetière...

» Pareillement pour cette théière...

» Voilà ! Remue avec la cuillère,

» Que le LSD s’infuse à l’eau...

» Je me charge de l’autre plateau. 

——————————————

Wisielec, L’Automne ou le Sac de Rome 

Vaudeville punk en 3 actes et 1 527 ennéasyllabes

Æthalidès, coll. « Freaks »

180 p. ; 19 € (extrait : strophe 46, Acte I, scène 5)

jeudi 26 septembre 2024

« Vivre sans être tabassé par le réel »


Quelle décision avez-vous prise ce matin ?

Renoncer à vivre est difficile quand il reste tellement de textes revigorants à lire.


Quel risque de tout perdre avez-vous activé ce matin ?

Perdre la vie est moins pénible que de perdre ses clés au vu du tarif des serruriers. J’enfonce les plus splendides portes ouvertes en désignant comme vivants et libres ceux qui ne s’installent jamais, qui, demain, seront déjà ailleurs.


Et vous, pourriez-vous énoncer une pensée ? Exprimer une colère ? Une rage ? Un émerveillement ? Avant que l’on vous torture et vous assassine, serez-vous un instant audible pour un ou quelques rares ?

Tout baigne. Personne n’est aliéné, chacun, chacune nage dans une eau cristalline parmi les poissons colorés et les algues si vertes.

[...]

Écrire est-il le dernier moyen acceptable de refuser les combats ?

J’écris une étude sur le racisme d’État sur un confetti que je replace ensuite dans le sac avec les autres confettis, voilà ma démarche et ma stratégie de lutte, ma guérilla urbaine.



Christophe Esnault

L’insuccès est-il stimulant ?

Tarmac éditions (Nancy)

2024, 56 p.

vendredi 6 septembre 2024

pas – passe – passage



Un argument surprenant, il y a cent ans, en faveur d'un système américain de division des rues : « Pauvres professeurs ! qui enseignez la morale et les belles lettres, vos noms aux petites lettres noires sont au coin d’une rue au-dessus d’une borne. Le nom de ce bijoutier resplendit en mille feux ; il étincelle comme le soleil, il est à vendre, mais il est cher. »

Mercier, Le Nouveau Paris, IV, p. 74-75



Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle, « le livre des passages », traduit de l'allemand par Jean Lacoste, Les Éditions du Cerf, 976 pages [ici, p. 536, « P. Les rues de Paris »]




 

jeudi 29 août 2024

en clair

 


« Le chiffonnier, le clochard et l’écrivain sont des espions potentiels ; subversifs parfois, sous-payés toujours. » 


 (p. 498)



pour aller plus loin, c’est ici  >>>


https://www.sitaudis.fr/Incitations/pour-lire-le-dernier-clerc-1724727415.php


(108e article Sitaudis)


samedi 15 juin 2024

Schachnovelle


(1943 ; 2023)


« Et soudain mon regard resta fixé sur quelque chose. J’avais découvert que la poche latérale d’un des manteaux était légèrement enflée. À la forme rectangulaire de la proéminence, je crus reconnaître ce que cette poche légèrement bombée cachait : un livre ! Mes genoux se mirent à trembler : un LIVRE ! Cela faisait quatre mois que je n’avais pas eu un livre entre les mains, et l’idée d’un livre, la simple idée d’un ouvrage dans lequel je pourrais voir des mots les uns à côté des autres, lignes, pages, feuilles, d’un livre dans lequel d’autres pensées, nouvelles, inconnues, divertissantes, pourraient être lues et que je pourrais prolonger et emporter dans mon cerveau, avait quelque chose d’aussi enivrant qu’étourdissant. Hypnotisés, mes yeux ne quittaient pas la petite proéminence que le livre formait à l’intérieur de la poche, ils fixaient avec incandescence cet endroit banal, comme s’ils voulaient forer un trou dans la laine du manteau. »

(p. 73) 

samedi 1 juin 2024

Qui l'eût cru.e ?


Lucette Finas
La Crue. Une lecture de Bataille : « Madame Edwarda »

Gallimard, coll. « Le Chemin » ; couverture à rabats ; perforations SP
480 p. ; a.i. : 13 septembre 1972

Ouvrage provenant de la bibliothèque personnelle de Denis Roche
(& maintenant dans la mienne) qui a noté sur le « premier plat » :

Te réjouis pas trop vite, Roussel
les décombres vont bon train !

le 30 janvier 1973


lundi 18 mars 2024

premier Roud


 

Un mot encore sur le titre. Répondant à une lettre d’Anne Perrier à la parution du volume, Roud remarquait : « Perdu m’a toujours paru un des plus beaux mots français. La musique et le sens s’y font, pourrait-on dire, mutuellement valoir et cela lui donne une résonance infinie. Je crois que c’est Racine qui m’a ouvert les yeux et l’oreille avec l’admirable Phèdre : “Et Phèdre au Labyrinthe avec vous descendue / Se serait avec vous retrouvée, ou perdue.” »


Stéphane Pétermann (postface)

Éd. Fario, MMXX 

samedi 24 février 2024

Du fluide

 
librairie Bernardin-Béchet
39-41, passage Choiseul, Paris
1931, 80 pages
 
 

mercredi 7 février 2024

o o o oOO

«  Heilige Nacht »

Minuit passé, en vain je renifle le squelette d’Essenine, en vain je pleure le crâne troué de Maïakovski, en vain je hurle face à Konstantin, champion du plongeon par la fenêtre. Mais sérieusement, tant que ne seront pas élucidés les étranges suicides, nous demeurerons des singes vociférant, pourquoi nos frères finissent-ils ainsi alors que ce n’est qu’à présent qu’ils auraient pu librement, et donc superbement vivre parmi les petites branches de la dialectique. Ou bien, ô effroi, les pères de l’Église recommenceraient-il à ressusciter des morts ? On ne les aurait donc pas assez soigneusement étranglés ?


P.S.

Dans la nuit du 24 au 25 décembre 1849, Dostoïevski fut chargé de fers et envoyé en Sibérie. Dans la nuit du 24 au 25 décembre 1925, Essenine se pendit au lustre d’un hôtel de luxe moscovite et pour plus de sûreté se tira aussi une balle. Ô nuits de Noël !


Bohumil Hrabal

(p. 109) 


La Ruée des poissons
Poésie tchèque (éd. bilingue)
Traduit par Marianne Canavaggio, Benoît Meunier, Patrik Ouředník et Jean-Gaspard Páleníček
Rumeurs Éditions, coll. « Centrale / Poésie »
(2023, 160 p.)