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jeudi 5 novembre 2020

éléphante

un ventre énorme est l’éléphante

emmanchée d’un long nez

pour un peu moins humer

l’odeur qu’elle essaime abondante


car elle a une bonne descente

200 kg de feuille ou palme

bambou broussaille ou bout de canne

à sucre écrabouillés dans les bruyantes

 

mâchoires sous son nez

qui les arrosent de 150 

litres d’eau par journée

et qu’elle mettra 30 h à transformer


font en moyenne 4 quintaux

dans les boyaux de l’éléphante

pour porter ça du muscle il faut

et une charpente impressionnante


ajoutez tous les 4 ou 5

ans un mignon éléphanteau

pesant à peine 200 kg

lorsqu’à 20 mois enfante enfin

l’emphatique éléphante


sur ses guibolles tels des poteaux 

pas surprenant qu’elle soit prudente

que sur des œufs avancent très lentes

ses 4 tonnes de bouffe et chair


ce n’est que dans la rivière

où son long nez gaîment serpente

qu’elle se sent aussi légère

qu’une baleine égrenant derrière


une guirlande étonnante

de verte et moussue matière

se dandinant tels des colverts

au fil de l’eau son ailée fiente



Ban Xieng Lom, Laos, 2009



Jacques Demarcq 

La Vie volatile (Les Zozios, suite)

« d’Asie » [p. 228-229]

Nous, MMXX

400 p. (dont nombreuses couleurs), 30 euros




samedi 2 décembre 2017

Lune

piafs et chats rou- 
pillent à leur place
sur les terrasses

des altocumulus
courent cotonneux
à leur tiède hiver
-nale habitude

à la sienne un clodo 
pionce ferme
contre le rideau
de fer d’une boutique

tout près des expats
mal triés boivent
braillent dans un bar 
leurs dollars

l’ombre de la terre
a éclipsé deux 
tiers de pleine lune



Jacques Demarcq
Phnom Poèmes
(documentaire)
NOUS, 2017
120 pages richement illustrées, 15 €
(bicolore, format carré, carnet de voyages)

(cit. p. 25)

mardi 22 septembre 2015

Babel-Houed

C’est ainsi que, depuis des profondeurs imperceptibles, tu as senti monter en toi comme l’écho des remous de ton corps : des bas glous, flous bagouts,

LES LANGUES

• le clapotement des marées, les oiseaux clabotteurs, le babil babélien des bulles-pullululent, mais aussi
• en galimouettias charalbatros, argoéland barapingouin, cacophonie cachaloquace, et jargon plancton, gai goémon, coquillard ou lanternois d’étoiles…
• en phoque-song et jazz-air-rocky,
• en malice ébahie des mers, ciel !
• en chinoyé pensif, en cormoréen, nhipponcampe, papoulpe, huîtroquois, frégaztèque ou jivarorqual, en abyssinal tohu-bohu tarahumarin et…
• en zazigzag dans la météo,
• en languille,
• en lent ahan de fille,
• en langouste, ouste ! et en
• ô ia io, iao ! troupes d’oiseaux,
houyhnhymhouhynm cheval-vent,
jygvajjywyyvjygwowou roulis-tangue
• et kwa ! baoulé, mangboutou, complainte mandingue, couac hébété des crânes, musiques hararissimes, clavecin des prés


• et une petite voix d’homme ici ou là.

Jacques Demarcq
Rimbaldiennes
« Voyelle »


L’Atelier de l’Agneau, 2015, 128 p., nombreuses illustrations, 18 € (ici, p.  50-51)

jeudi 20 mars 2014

revue


Miss Baker semble être venue aux Folies Bergère après avoir participé à un spectacle nègre qui avait déclenché une tempête à Paris. Quand les girls y étaient apparues « telles que » et avaient « secoué la chose », les bons Parisiens (qui plus que tout peuple sur terre peuvent se montrer respectables) objectèrent, et si fortement, que les girls furent obligées de revêtir une respectable semi-nudité. C’est du moins ce qu’on raconte. Toujours est-il que Miss Baker s’échappa aux Folies Bergère. Et là, votre humble serviteur peut en témoigner, il n’est rien qui soit le moins du monde respectable, semi-nu, ou autrement insatisfaisant dans la tenue de Miss Baker — qui consiste en quelques bananes et nul autre bijou. Bref, les Folies Bergère ont permis à Joséphine Baker d’apparaître — pour la première fois sur scène — telle qu’elle est.
[…] Aux Folies Bergère, la revue fait usage d’idées, odeurs, couleurs, Irving Berlin, nus, tactilités, escaliers escamotables, trois dimensions, feux d’artifice, pour intensifier Mlle Joséphine Baker.

E. E. Cummings, « VIVE LA FOLIE ! », Vanity Fair, sept. 1926
in Paris, Seghers, « Poésie d’abord », éd. bilingue, traduit et présenté par Jacques Demarcq, 2014, 160 p.


samedi 1 février 2014

A Balzac A Rodin


14, bis rue de la Grande-Chaumière — Paris VI

jeudi 6 février à 18 h 30

double-double ou fifty / fifty

mardi 30 avril 2013

co CQ uille




Jacques Demarcq
Avant-taire, roman en vers
Nous, 2013, 176 pages (p. 135)


Démarque-toi !
Lis donc Demarcq



samedi 4 février 2012

Érotiques

(dessin : détail)


il y a tant de tic-tac
horloge partout disant aux gens
quelle tac-tic heure il est par
tic-tic exemple six tac heures
tac cinq tic

le printemps n’est pas réglé ni
ne tombe en panne et
ses doigts ne font de petits sauts
lentement sur des nombres

il ne
se remonte pas n’a de poids
ressorts ni rouages à l’intérieur
de sa sveltesse non chérie
rien de la sorte.

(Alors,quand le printemps viendra nous
nous embras nous serons nous embrasserons
sur la bouche car les tac horloges tic
ne tic-tac changent rien
à je t’embrassebrasse et tu
m’embrasses)



in Érotiques, E. E. Cummings — édition bilingue —
traduit de l'anglais et présenté par Jacques Demarcq
avec treize dessins de e.e.cummings



Seghers, janvier 2012, 160 pages, 17 €

vendredi 17 juin 2011


si je frôle dit-il
(ça m’affole dit-elle
juste une fois dit-il)
ma foi dit-elle

(si je touche dit-il
c’est louche dit-elle
pas qu’un peu dit-il)
donc on peut dit-elle

(allons viens dit-il
pas trop loin dit-elle
loin c’est où dit-il
là-dessous dit-elle)

si je reste dit-il
(comment faire dit-elle
comme cela dit-il
embrasse-moi dit-elle

si je bouge dit-il
est-ce l’amour dit-elle)
t’es d’accord dit-il
(mais moins fort dit-elle

eh dame dit-il
mais ta femme dit-elle
à l’instant dit-il)
hhhan dit-elle

(extra dit-il
n’arrête pas dit-elle
oh non dit-il)
freinons dit-elle

(jjjoui?dit-il
ouh oui dit-elle)
quel émoi!dit-il
(t’es à Moi dit-elle)


_______
poème 16, in



No Thanks, E. E. Cummings
traduit et présenté par Jacques Demarcq
Éd. Nous, « Now », mai 2011, 144 p.


vendredi 12 mars 2010

« hors du rond »

… des enfants… improvisent… une comptine.

pour le jeu des poissons     hon
            tous en rond
les filets sont les garçons
et les filles comme des poissons
se faufilent dessous les bras
               1, 2, 3

                 […]

(page 19)

L’Air de l’eau — un opéra —
in


samedi 21 juin 2008

« Exquis disent ? »



tchakhatchak khatchak

Jacques Demarcq
quoi qu’ça cache ? ta tchatche

ton simulacre en syllablablague
qui plaque d’inaptes charabias
sur chaque aria d’piaf

[…]

tout ça parce que ! pas cap
tu cales alors tu calques
volage qui dégoises des craques
parade cavalcade arnaque
lieu d’passage à l’acte

[…]

j’parle pas d’la palme à ta patte
qu’à la chassse on la canarde
ta barbaque mal au plumard

en somme Jacques tu cauchemardes
et t’jacte à clés rate à t’ragaillarde

[…]



« & pie » (2006), p. 176-177, in les Zozios, Jacques Demarcq, Éd. Nous, juin 2008 (345 pages + CD 26 titres), 28 euros

jeudi 31 janvier 2008

« Baiser badin qui babille au tétin. »

Mais qu’au lieu de rêver, on secoue l’automate : la mécanique craque, syntaxe, se désaxe, on entend les rouages. Qu’à la façon du « damier » recroisant les traits figuratifs, on redouble l’arbitraire en retournant les mots contre eux-mêmes ; la langue crache aussitôt une violence cachée qui la fait s’étrangler. Devant quoi étrangère ? Le sexe désigné tout cru, sans clin d’œil ni sous-entendus. Je n’avance pas une hypothèse ; c’est le résultat de l’expérience menée par Jean-Pierre Brisset dans les Origines humaines (1913).

Jacques Demarcq (1946-20..)
Rimbaud fois neuf (X 9), Voixéditions, coll. « Voix contraires »
(Elne, 2005, p. 88).