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dimanche 9 avril 2023

La fille de joie, l’homme de peine et le bonheur du jour

 

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La belle horizontale a ses règles

Laisser venir flairer les petits enfants

Tu ponds dis chéri

Oui ma cocotte

Verticalement

non non ce n’est pas un mot-croisé

je veux qu’on élève une gigantesque statue de putain

Devant le numéro 69 de la rue Dieu

Une statue en balles de ping-pong

Avec des nichons en peau de saucisson

Avec une énorme connasse en gutta-percha

ça servira de boîte aux lettres pour tout l’arrondissement

Ô vous les sales riches

Si vous avez fini

De manger la soupe aux myosotis dans vos bidets

Et vous masturbateurs de coccinelles

Laisser dormir en paix les blondes pissotières !

Elle a ses règles, que je vous dis !

pas de règles sans exceptions sauf avec FEMOSYL

Et moi

Le cœur sur la main

Les mains dans les poches

Les poches sous les yeux

Je fais le trottoir en ce monde immonde quartier réservé de Dieu

En attendant

En attendant Charles

Et le krach de l’amour aux Wall-Streets du cœur

La femme enceinte qui pisse en relevant ses cottes m’a dit

Julien Torma, passe !

 

« Le Bordel amer »,

in Julien Torma

Écrits définitivement incomplets

Collège de ’Pataphysique, 2003
[p. 305-306 / 800 p]
 
*
 

 

 

vendredi 9 septembre 2022

c’est cité

 

« […] En 2017 paraît le recueil du poète Jacques Barbaut, Alice à Zanzibar, contenant 238 limericks, dont 12 traduits. Il est agrémenté d’un court historique en postface, et d’un index des noms propres allant de "Adam" à "Zazie", car les poèmes suivent l’ordre alphabétique de ces noms. C’est, de loin, le recueil le plus nombreux, le plus imaginatif de tous ceux que nous avons passés en revue, et ses poèmes, dont la chute est toujours grivoise, peuvent être très hard, mais toujours à bon escient. Comme il cherche plutôt à décrire ses fantasmes le plus crûment possible, l’auteur s’abstient de jouer sur les équivoques. […] »


Alain Chevrier, 68+1 limericks
suivi de « Petite histoire du limerick français »
L’Éthernité, 2022
(p. 218-219)

sur



Alice à Zanzibar
« 238 limericks, suivis de leurs règles, d’une préface et d’un index »
Æthalidès, 2017

samedi 16 octobre 2021

passage obligé

 
« Pour Benjamin, la citation est la clé de voûte de son dispositif de lecteur. Non pas la citation comme simple exposition de la pensée de l’autre, mais la citation comme geste d’appropriation. Si le lecteur prélève des fragments du passé, c’est parce qu’il est animé par cette mission de sauvetage. C’est tout l’enjeu du Livre des passages, au point que certains lecteurs, comme Adorno, ont pu penser que Benjamin, dans la version achevée, s’abstiendrait de toute écriture propre, se contentant de manifester sa pensée par l’articulation et le montage de celle des autres, au sens cinématographique du terme. »

Bruno Tackels, « Walter Benjamin, lecteur absolu »
Revue de la Bibliothèque nationale de France, n° 41, « L’homme qui lit », 2012, p. 8
 

jeudi 24 octobre 2019

c'est cité


« Depuis tout ce temps que je me débats avec le démon de la citation, avec le surmoi de la citation, avec la compulsion de la citation, avec le dégoût, la névrose, l’amour de la citation, je ne sais pas si j’en ai trouvé le juste usage mais il m’est arrivé de penser qu’au lieu de continuer à écrire des livres, je pourrais faire œuvre de scribe, moine copiste devenu assez idiot pour ne même plus penser au salut de son âme mais vivant sa tâche de copieur dans l’absurdité mystique de chaque instant, quelque chose comme un “ en lisant en écrivant ” que j’aurais pris au pied de la lettre, copiant infiniment toutes les phrases qui me plaisent en un florilège infini, avec ce seul sentiment de les glisser comme des images dans un album que je remplirais patiemment, quotidiennement, m’occupant à le concevoir, autant peut-être que si je faisais une maquette, un puzzle, ou quelque autre artisanat qui confond si bien ses moyens et ses fins. »

Tanguy Viel
Icebergs
Minuit, 2019 (p. 28-29)