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samedi 29 novembre 2025

jeudi 24 juillet 2025

livres : généralités

 Nous dissertâmes tout au long du repas sur le bonheur et la malédiction pesant sur notre sort : les livres sont coûteux à l’achat, ne valent rien à la revente, sont hors de prix lorsqu’il faut les retrouver une fois épuisés, sont lourds à porter, prennent la poussière, craignent l’humidité et les souris, sont à partir d’une certaine quantité quasi impossibles à déménager, nécessite un classement précis pour pouvoir être utilisés et, surtout, dévorent l’espace. (Il m’est arrivé d’avoir une salle de bains aux murs tapissés de rayonnages, ce qui interdisait l’usage de la douche et obligeait à prendre son bain la fenêtre ouverte à cause de la condensation ; et aussi, dans ma cuisine, ce qui prohibait un certain nombre d’aliments à l’odeur particulièrement prégnante. Comme nombre de mes confrères, j’ai mis longtemps avant d’avoir les moyens immobiliers de mes ambitions bibliophages !)

in 


2008
_______
(144 p. [p. 16])


jeudi 6 juillet 2023

« poète mineur de l’anthologie »

 
« Lire Fourest aujourd’hui revient donc à se plonger, non sans gourmandise, dans une des rares œuvres poétiques françaises dont la littérature soit l'objet même. » 
 
(4e de couv., Éditions universitaires de Dijon, 2012) 
 
•   •   •
 
Moi, je voudrais que tout le monde
connût ma Négresse blonde
et malheureusement (je le sais) il est encore
des tas de gens qui l’ignorent :
malgré ce bel article de Pierre Mille
je ne tire pas à quatre cent mille ;
malgré la tant jolie
préface de Willy
je ne suis pas de ces littérateurs
qui encaissent de forts droits d’auteurs.

Mon Dieu ! que je sentirais de joie
si les gazettes parlaient de moi
autant que de Pierre Benoît !
Mon éditeur ne voit pas la nécessité
d’une intense publicité :
pourtant sacré nom de nom !
si je ne braille sur tous les tons :
— « J’ai beaucoup de talent ! » comment le saura-t-on ?

Madame, j’aurais tant d’allégresse
si vous achetiez ma Négresse !
Monsieur, je vous en dis autant :
je serais vraiment si content
de me vendre autant que Rostand
ou (si ce vœu est trop hardi)
autant du moins que Géraldy !

[...]
 

Georges Fourest

« Rêves de gloire »

Le Géranium ovipare 

(José Corti, 1935)
 

mercredi 14 juin 2023

Cormac McCarthy

 
(256 p., 2023)

[Alicia Western vient de parler avec son psychiatre de son admiration pour Grothendieck et Gödel.]

   Qui d’autre admirez-vous ?
   La liste est longue.
   OK.
  Cantor, Gauss, Riemann, Euler. Hilbert. Poincaré. Noether. Hypatie. Klein, Minkowski, Turing, von Neumann. Cette liste est loin d’être exhaustive. Cauchy, Lie, Dedekind, Brouwer. Boole. Peano. Church est toujours en vie. Hamilton, Laplace, Lagrange. Les anciens évidemment. Quand on regarde ces noms et le travail qu’ils représentent, on se rend compte qu’en comparaison l’histoire contemporaine de la littérature et de la philosophie est d’une pauvreté indescriptible.
   […]
   Vous avez dit que le Projet Manhattan était un événement historique majeur. Est-ce qu’il est possible de le remettre en perspective ? Ça fait longtemps que nous n’avons pas eu de guerre nucléaire.
   Oui. Bon, c’est sans doute comme n’importe quelle banqueroute. Plus on parvient à la retarder pire elle sera. La prochaine grande guerre n’arrivera pas avant que soient morts tous ceux qui se rappellent la dernière.
   Vous pensez qu’une guerre nucléaire est inévitable.
   Je suis d’accord avec Platon qui dit que seuls les morts ont vu la fin de la guerre. Et les gens ne combattent pas avec des pierres quand ils ont des fusils. Et cætera, et cætera.


   (p. 89-90 et 95 — traduit par Paule Guivarch)

mercredi 17 mai 2023

l’Angélus


 Jean-François Millet

(1858)

 


 
Réminiscence archéologique de l’Angélus de Millet (1934)

Dali




Catherine Millet

(2005) 

lundi 9 janvier 2023

« Pour un Gadda »

 
 
 *
 
Le cercle des auteurs difficiles, acceptés et adulés sur les bords de Seine, était alors soumis à un numerus clausus. Seul Proust et Mallarmé, Joyce et Pound, Sterne et Arno Schmidt avaient droit de brouillard et patente d’abscondité. Sur les notices et résumés des chefs-d’œuvre déjà traduits, La Connaissance de la douleur et L’Affreux Pastis de la rue des Merles — ce faux polar sortie du gésier de Rabelais et agencé par le régisseur de Fellini —, Carlo Emilio Gadda se voyait invariablement placé à la gauche de Proust et Céline, à la droite de Joyce et Musil, qu’il connaissait tous d’intimité, mais qui tous jouissaient d’une célébrité supérieure à la sienne, sans même être lus.

Le Célibataire absolu
« Pour Carlo Emilio Gadda »
Philippe Bordas
« Blanche », 2022 (p. 50)
 

lundi 26 décembre 2022

« J'ai fait un rêve »

 

La Mémémoire

(serie « Philémon »)

Fred

(Dargaud, 1977, p. 28)

dimanche 6 novembre 2022

C’est mon dada...

 
Mieux ! allons au bout, Monsieur, et osons le mot : les plus grands sages de tous les siècles, Salomon lui-même ne faisant pas ici exception, n’ont-ils pas eu leurs DADAS, leurs TURLUTAINES, leurs califourchons ? –––––––– Qui d’entre eux n’a eu son cheval-jupon préféré, son joujou favori, sa passion dominante, sa folie douce, sa naïve toquade : chevaux de course, collections de monnaies, de médailles, de jetons, de coquillages… ? Qui n’a caracolé sur un bâton, battu tambour ou soufflé dans une trompette ? Qui ne s’est entiché de quelque niaiserie, encoiffé de quelque puérile marotte, qui, à ses heures, n’a raclé du crincrin ou barbouillé la toile, –––––––– qui n’a entassé colifichets et babioles, collectionné chenilles et papillons, suivi son ver-coquin ? qui ne s’est jamais trouvé sous l’empire de quelque lubie rampante ou de quelque manie butinante et frivole ? –––––––– Aussi longtemps qu’un homme califourchonne paisiblement et discrètement son DADA ou sa TURLUTAINE adorée en suivant proprement le tracé de la grand-route et ne nous force, ni vous ni moi, à monter en croupe derrière lui, –––––––– en quoi diantre, Monsieur, je vous prie, est-ce que cela nous regarde ? 
 
Laurence Sterne, La Vie et les Opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, volume I, chap. VII, traduction de l’anglais par Guy Jouvet, éditions Tristram  


vendredi 26 août 2022

SADE à Helsinski

 

Bibliothèque nationale

© Christophe Kechroud

vendredi 14 janvier 2022

dans l’œuf

 

 


 

— Ne reste pas là à jacasser toute seule, dit le Gros Coco* en la regardant pour la première fois, mais apprends-moi ton nom et ce que tu viens faire ici.
— Mon nom est Alice, mais…
— En voilà un nom stupide ! déclara le Gros Coco* d’un ton impatienté. Que veut-il dire ?
— Est-ce qu’il faut vraiment qu’un nom veuille dire quelque chose ? demanda Alice d’un ton de doute.
— Naturellement, répondit le Gros Coco* avec un rire bref. Mon nom, à moi, veut dire quelque chose ; il indique la forme que j’ai, et c’est une très belle forme, d’ailleurs. Mais toi, avec un nom comme le tien, tu pourrais avoir presque n’importe quelle forme.


Lewis Carroll
(Charles Lutwidge Dodgson)
De l’autre côté du miroir, et ce qu’Alice y trouva
(trad. Jacques Papy)


———————————
* Humpty Dumpty dans l’original. (Dodu-Mafflu pour Antonin Artaud.)

 

C’est du propre, p. 35 — Nous, 2020, 208 p., 20 euros.




 

samedi 30 octobre 2021

craduction

Dans sa « note introductive », Antoine Brea nous rencarde :

    « Bien sûr Dante a le genre d’humour à la Buster Keaton : c’est un visage de bois. Son comique réside essentiellement dans le contraste. Contraste entre la langue ou plutôt les langues vulgaires employées et la théologie édifiante du poème. […]
    « Partant de cette perception plaisante certes d’abord diffuse, me voilà donc laissant libre cours à une “vulgaire parlure” personnelle remontée en partie de l’enfance, en partie d’autres grands auteurs que j’aime, et des vieux répertoires de chansons populaires, du rap que j’écoutais plus jeune, du roman noir que je lis encore, de la bibliothèque de mes parents, des dictionnaires d’argot que je collectionne, tout ça mâtiné d’archaïsmes et d’antépositions comme dans Thierry la Fronde ou dans Les Visiteurs. Tout ça censé restituer Dante. »


Sans moisir, il embraye d’un coup — c’est parti (chant 1, 37-54) :

On était juste au début du matin,
le soleil s’haussait aux constellations
qu’il côtoyait quand tout était éteint

et que l’Amour les mit en rotation ;
si bien qu’à l’entrain quand même me pousse,
face à ce fauve aux gaies colorations,
 
l’heure du luisant et la saison douce.
Mais trop peu pour que les foies ne m’harponnent
à la vue m’arrivant d’un lion de brousse :

on dirait qu’il fonce dans ma personne,
haute la trogne, en rogne, inassouvi,
et que tout l’air alentour en frissonne !

Puis une louve qui, de mille envies,
se voyait obèse dans sa maigreur
(à mille gens ayant pourri la vie)
 
me mit à son tour en telle stupeur
par l’horreur de sa pure apparition
que j’en paumai mon besoin des hauteurs.


Pour boucler — un glossaire in fine —, BreA nous affranchit : les foies, c’est la peur ; les salsifis, c’est les doigts ; la gourance, l’erreur ; les radis, des ronds — avec des citations tirées des meilleurs auteurs que vous ne trouverez pas même dans Littré.

 
L’Enfer de Dante mis en vulgaire parlure
Antoine Brea
Le Quartanier, 2021
(402 p., 23 €)


mercredi 7 juillet 2021

quelque trente minutes d'avance

 


 « Vers les quatre heures et demie, ce jour-là, Denis Revaz sortit de chez lui. »

Difficile de penser que Charles Ferdinand Ramuz, en écrivant, puis publiant (1937, Mermod, Lausanne) la première phrase — ou incipit — de son roman Si le soleil ne revenait pas (Ramuz / Revaz / Marquiz) n’ait pas pensé à faire une allusion, adresser une pique à André Breton et à son Manifeste du surréalisme, 1924, je le cite :

« Par besoin d’épuration, M. Paul Valéry proposait dernièrement de réunir en anthologie un aussi grand nombre que possible de débuts de romans, de l’insanité desquels il attendait beaucoup. Les auteurs les plus fameux seraient mis à contribution. Une telle idée fait encore honneur à Paul Valéry qui, naguère, à propos des romans, m’assurait qu’en ce qui le concerne, il se refuserait toujours à écrire : La marquise sortit à cinq heures. Mais a-t-il tenu parole ? »

lundi 15 mars 2021

roumaine extase

« Les visions provoquées par le haschich, les mosaïques étincelantes apparaissant sous les yeux des adeptes de la mescaline, l’orgasme anéantissant dans la tête des épileptiques, l’étonnement enchanté des amateurs d’autostéréogrammes quand, par chevauchement des lignes et des couleurs, se révèlent les symboles cachés, tridimensionnels et étincelants comme s’ils étaient de cristal, l’état de satori atteint par le bouddhiste zen quand il comprend après des années d’efforts et de torture qu’il n’y a aucune contradiction dans le koan et que l’esprit est libre comme l’oiseau, le rire pur de l’enfant de deux ans et tous les bonheurs qui nous sont permis, ne rendent compte que de très loin du soulagement accablant que ressentent, selon leurs propres dires et quand ils ont été en état de le faire, lorsque volent en éclats le crâne et le thorax les retenant prisonniers, ceux qui ont vu le tesseract. » (p. 445)

 

mercredi 3 février 2021

en lignes

      Le plus grand nombre de soldats du contingent, c’est cinq cent mille, ça montre le lien qui me lie à tous ceux qui étaient dans cette guerre, malgré eux. Tombeau, c’est très symphonique. Je l’ai terminé par l’évocation du couple adamique, ce qu’on a jamais lu vraiment. Ces figures puissantes, comme une population, nommées d’une façon particulière, comme fantasmagorie philosophique. Un livre, c’est une chose qu’on s’arrache à soi et qu’on donne.

Pierre Guyotat
cité par Colette Fellous
in Revue Lignes, n° 64
« Tombeau pour Pierre Guyotat »
248 p., février 2021, 20 euros [p. 144]



https://www.sitaudis.fr/Parutions/revue-lignes-n-64-1612329201.php

vendredi 26 juin 2020

Kosmos






— Alors vous voyez, mon jeune ami, nous commençons à être d’accord. C’est simple. L’homme… aime… quoi ? Il aime. Il aimouille. Il aimouille berg.
— Berg.
— Quoi ?
— Berg !
— Comment ça ?
— Berg.
— Assez ! Assez ! Non…
— Berg !
— Ha-ha-ha-ha, c’est vous qui m’avez bembergué ; vous êtes un pince-sans-rire et un malin ! Qui aurait imaginé ? Vous êtes un berg-bergueur. Bergusberg ! En avant ! Carrément ! Allons-y ! Allons-y-berg !
J’observais la terre — à nouveau l’observation de la terre, avec ses herbes… avec ses mottes… Des milliards !
— Lécher !
— Quoi ?
— Lécher, je dis, léchouilleberg… ou bien cracher !
— Que dites-vous ? Que dites-vous ?! criai-je. 
— Cracher du bemberg dans le bergus !

(1965 ; traduit du polonais par Georges Sédir, Denoël, 1966 ; premier dépôt légal dans la collection « Folio », n° 400, juin 1973)


dimanche 31 mai 2020

origine (15 ?)


*

Et je peux vous dire que vous vous mettez le doigt dans l’œil... euh... si j’ose dire.

LES LETTRES EXISTENT TOUJOURS !

(M. Barthélemy, p. 7, 3e case — 1977)

_____

« Les Aventures de Philémon », tome 1 : Le Naufragé du « A » [1972]

*

j’ai quinze (?) ans


samedi 30 mai 2020

origine (12 ?)


J’ai douze [?] ans.


La montagne, couverte d’une jungle épaisse, semblable à un tapis de caoutchouc mousse, glissa sous le ventre brillant du vieux Mitchell. Derrière l’avion, les constructions blanches de Tamini n’étaient déjà plus qu’une agglomération de cubes minuscule à laquelle un grouillement humain conférait une vie de fourmilière.

(incipit)

« Les Aventures de Bob Morane », n° 1 [1953].

dimanche 3 mai 2020

« des parties de détail(s) »


Avec quelle jubilation contenue Jean-Jacques Pauvert, citant les Mémoires secrets (au 30 avril 1770) de Bachaumont — lesquels décrivent la Beauvoisin, fille que Sade entraîna en son château de La Coste en juin-juillet 1765, deux ans exactement après son mariage avec Renée-Pélagie de Montreuil, faisant peut-être passer en Vaucluse celle-là pour celle-ci, soit sa maîtresse pour sa femme —, avec quelle satisfaction introduit-il un discret appel de note après la citation, manière de faire comme en passant une leçon de français dix-huitiémiste, mettre par là même le holà à certaines lectures par trop automatiques :

« Mademoiselle Beauvoisin, courtisane d’une jolie figure, et qui avait des parties de détail, mais sans taille, courte et ramassée, avait été obligée, pour cette raison, de quitter l’Opéra, dont elle avait été danseuse 2. »

Appel qui attire cette note pauvertienne, sèche, de bas de page (122) : 

2. « Des parties de détail », c’est-à-dire jolie par certains traits, si on ne regardait pas l’ensemble, et non, comme le croit [Gilbert] Lely, parce qu’elle faisait « des passes, outre des liaisons régulières » (!)

__________________________

N.B. : « … des parties de détails », dans le texte de ces Mémoires (libr. de Firmin Didot frères, 1846), et, aussi, puisqu’il est question de détail(s) et de (tour de) taille : « par cette raison ».



Sade vivant

(1 216 pages, Le Tripode, 2013)



dimanche 19 avril 2020

... les Lilliputiens



« Je ne m’étendrai pas ici sur leurs connaissances, qui sont très variées, dans ce pays de vieille et florissante culture, mais leur écriture est très particulière : ils n’écrivent ni de droite à gauche comme les Arabes, ni de gauche à droite comme les Européens, ni de haut en bas comme les Chinois, ni de bas en haut comme les Cascagiens, mais en oblique, d’un coin à l’autre de la feuille, comme les grandes dames en Angleterre.

« Ils enterrent leurs morts la tête en bas, parce qu’ils croient qu’ils vont tous ressusciter dans onze mille lunes ; à ce moment-là, la terre, qu’ils conçoivent comme une grande plaque, se retournera sur l’autre face et les morts se retrouveront de la sorte debout sur leurs pieds, au jour de la résurrection. Les esprits éclairés reconnaissent l’absurdité de cette doctrine, mais l’usage subsiste, pour ne pas rompre avec une tradition populaire. »

Jonathan Swift
Voyages de Gulliver
« Voyage à Lilliput », chap. VI
(« Bibliothèque de la Pléiade », n° 180, p. 67-68)