vendredi 12 août 2022

mercredi 10 août 2022

d'un optimisme mesuré

                               

 

 


 




dimanche 31 juillet 2022

Troc

 J’ai inventé mon propre métier, unique et original : « fabricant de boules et de textes sur les yeux » ou « imprimeur de ma propre matière et de ma propre pensée ». Et avec ce seul métier, j’ai l’impression d’avoir exercé tous les métiers du monde. Si on laissait à chaque homme la liberté d’inventer son propre métier, il n’y aurait plus de pauvres sur la terre. Chacun serait en mesure de créer sa propre monnaie d’échange, et enfin son propre univers.

Jean-Luc Parant

(1944-2022)

samedi 23 juillet 2022

D’une forme poétique traditionnelle anglaise

Où et comment j’ai retrouvé Alice à Zanzibar...

 

 
 
Il est un éditeur à Châlons-en-Champagne
qui publie un recueil de limericks sans pagne
       par Alain Chevrier
       afin que vous riiez, —
ce vaillant éditeur à Châlons-en-Champagne !

(p. 246)


• 68 + 1 limericks
suivi de Petite histoire du limerick français
Éditions de l’Éthernité
276 p., 2022, 20 € •
 

Un gars prénommé Rick vivait à Limerick,
Où, le jour, il limait des rimes érotiques ;
       La nuit, ôtant son pagne,
       Il limait sa compagne.
Si bien qu’on lui disait : « Toujours tu limes, Rick ! »

(p. 7)


(Dernier et premier limerick « en français »
de ce recueil qui en accueille quelques centaines.)

 

samedi 9 juillet 2022

jeudi 30 juin 2022

La liste avec sa grande aile

 

L’amour avec un grand a

L’histoire avec sa grande hache

La science avec sa grande scie

La botanique avec des grandes bottes

La folie avec sa grande faux

La criminalité avec ses grands cris

Le complotisme avec le grand con

Le négationnisme avec son faux nez

La créativité avec une grande craie

La marine avec son grand mât

La roulotte avec ses grandes roues

Le souverain avec ses gros sous

Sylvie avec ses grands cils

La pharmacie avec ses grands fards

La littérature avec son grand lit

La poésie avec sa grande peau

La culture avec son grand cul

La pornographie avec son gros porc

La loterie avec son gros lot

La morale avec ses grands mots

La révolution avec son grand rêve

L’ichtyologie avec son grand Ich

samedi 25 juin 2022

en équilibre

 « La première phrase d’un livre soutient la dernière, toujours. Et elles entretiennent un rapport étroit l’une avec l’autre, même s’il s’agit d’un rapport de fuite, de précarité ou de tangence. L’économie se tient dans la main inventée du lecteur qui cherche la main inventée de qui écrit. Ces deux mains doivent se serrer, d’une façon ou d’une autre. »

Jean-Patrice Courtois
Langage et document
Zoème, 2022 (p. 58-59)

 

 

« Dans ses lettres de jeunesse, Mallarmé saluait de sa main, qu’il offrait, donnait, envoyait. Il serrait celle de ses correspondants. Votre main, écrit-il, avant de signer. Il est cette main qu’il tend à son destinataire, il est cette main qui écrit sur la voile blanche de son embarcation. »

Sally Bonn
Écrire écrire écrire
Arléa, 2022 (p. 171)

samedi 18 juin 2022

degrés

 

On ne dit pas « je sue » mais « je transpire » ; une jeune fille bien élevée dira simplement « j’ai chaud ».

 


 


samedi 11 juin 2022

Ces lignes

 

J’ai lu Guerre* pendant les vacances.


ou


J
e n’ai guère lu pendant les vacances.

 

 •

 

* « Je la regardais moi la vie, presque en train de me torturer. Quand elle me fera l’agonie pour de bon, je lui cracherai dans la gueule comme ça. Elle est tout con à partir d’un certain moment, faut pas me bluffer, je la connais bien. Je l’ai vue. On se retrouvera. On a un compte ensemble. Je l’emmerde. »
 


samedi 4 juin 2022

librairie sélective


 


« Nous avons longtemps rêvé, Michel [Chandeigne] et moi, d’une toute petite librairie où l’on ne vendrait que les douze ou quinze titres sans lesquels, à nos yeux, le monde s’effondrerait. On y aurait trouvé aussi d’excellents single malt écossais et quelques vénérables portos. Nous imaginions une rue peu passante et des Chesterfield patinés. Total échec, donc. » 

Marcel Cohen

Libération, « Livres », jeudi 19 mars 2015

samedi 28 mai 2022

bibliothèque ambulante


 

Ce soir-là, l’homme avait raconté à son amie l’histoire d’Abdul Kassem Isma’ail, grand vizir de  Perse qui, au Xe siècle, ne pouvait se résoudre à se séparer de ses cent dix-sept mille volumes. Il les faisait transporter par une caravane de quatre cents chameaux. Les animaux étaient dressés à marcher par ordre alphabétique.


Marcel Cohen

L’homme qui avait peur des livres

jeudi 19 mai 2022

« J’ai porté des statues »

J’ai porté des statues sur le bateau.
Leur immense visage est anonyme.
J’ai porté des statues sur le bateau
afin qu’elles restent debout sur l’île.
Du lobe de l’oreille à l’aile du nez
s’ouvre un angle de quatre-vingt-dix degrés.
Sauf cela, aucun signe, rien de rien.
J’ai porté des statues sur le bateau.
C’est ainsi que j’ai sombré corps et biens.

traduit du hongrois par Isabelle Vital
adaptation de Pierre della Faille


                         •

De ces statues que j’escortais,
nul nom ne dit le haut visage.
En mon vaisseau les escortais
jusqu’à l’île en dresser l’image.
L’angle pris du tragus au nez
avait quatre-vingt-dix degrés,
hors cela rien à signaler.
Ces statues je les escortais,
et ainsi j’ai sombré.

adaptation de Guy de Bosschère

                         •

J’ai porté des statues jusque sur un bateau
leurs visages sans nom étaient démesurés
J’ai porté des statues jusque sur un bateau
Je les voulais debout fichées au cœur de l’île.
Toutes pareilles
avec la conque de l’oreille
leur nez faisait un angle droit
pas d’autre signe distinctif

J’ai porté des statues jusque sur le bateau
et voilà pourquoi j’ai sombré.

adaptation de Bernard Noël

                          •

in Ágnes Nemes Nagy
Les Chevaux et les Anges
« anthologie poétique 1931-1991 »

établie sous la direction d’Anna Tüskés
avec le concours de Guillaume Métayer

La Rumeur libre éditions, coll. « Centrale/Poésie »
2022, 288 p., 18 €
[pages 89-91]

                                                                         •

 




vendredi 13 mai 2022

« Les Cahiers critiques de Pô » (I)

 
 

Dans ce volume concis, Baguenaudes littéraires (Paris, 2022), qui représente la quintessence de l’esprit critique de Guillaume Pô, celui-ci a sélectionné drastiquement certains ouvrages indispensables qui ne quittent jamais très longtemps sa table de chevet. Pô consent à nous délivrer quelques échantillons témoignant de la variété de son immense curiosité littéraire, déploie, dis-je, pour notre édification le large spectre de ses intérêts, dénichant raretés et singularités qui avaient pu échapper à notre attention. Il applique par exemple à J’entends une fourmi, de Michel Noir (Éd. de la Différence, 1995), aux Toutes Dernières Histoires drôles, de Guy Montagné (Le Cherche-Midi éd., 1997), ou encore aux Tire-bouchons multifonctions, et sans vrille, « florilège de tire-bouchons, volume VII », de Jean-Louis Desor (Crépin-Leblond éd., 2014), la même érudition sans pédanterie et le sérieux didactique qui caractérisaient déjà ses ouvrages précédents.
 
 

 

lundi 2 mai 2022

Intitulation (II)

   Après avoir rejeté Spicilège, puis Reliquat, ainsi qu’Happylogue, cherchant un nouveau titre pour poursuivre (achever ?) sa série inaugurée par Bardadrac — « mot-chimère jadis inventé par l’une de mes amies pour désigner le fouillis de son grand sac à main » —, Gérard Genette (le constant intitulauteur de Figures, I, II, III, IV et V) écrit (Postscript, 2016, p. 12) :

   « Je perçois bien qu’après Codicille, Apostille et Épilogue, je peux sembler vouloir saturer l’ensemble d’un champ lexical voué à ce que Montaigne, on le sait déjà, appelait plus familièrement des “ allongeails ”. »

      Bardadrac
           Codicille
                Apostille
                    Épilogue
                        Postscript



mardi 26 avril 2022

Intitulation

        Le 31 décembre 1881, tandis que le volume est déjà sous presse, Joris-Karl Huysmans écrit à son éditeur belge Henry Kistemaeckers : « Zola trouve que le titre de M. Folantin est déplorable, que ça ne dit rien, que du reste, étant donnée la philosophie de la nouvelle, ce n’est pas de M. Folantin qu’il s’agit, mais bien du célibataire isolé et triste. »

       Grâce soit rendue à Émile Zola qui déconseilla à Huysmans d’intituler sa nouvelle Monsieur Folantin et qui permit sûrement d’enclencher l’une des plus belles « tresses conceptuelles intitulatoires » de toute la littérature française, soit cette très-somptueuse suite de titres pour désigner cette œuvre magistrale.

          En ménage
              À vau-l’eau
                  À rebours
                       En rade
                           Là-bas
                               En route




jeudi 21 avril 2022

de visu

 Léo-Paul Barbaut (my son, 1996)

est présent jusqu’au 30 avril à « 100 % l’expo »

Grande Halle de la Villette — Paris 19

(entrée libre)

Installation : fer à béton, céramiques (h : 3,5 m)



mercredi 13 avril 2022

1888

La première fois que Jeanne Rozerot (sa future maîtresse qui lui donnera deux enfants), lingère de la maison de Medan, aperçut le membre viril d’Émile, sensible à ses charmes au point qu’il en frétillait, l’on prétend que ce « mot » lui échappa :

— Cet oiseau-là…
… c’est toi, Zola ?
 

 


vendredi 8 avril 2022

les Douze

 rêve — nuit de jeudi à vendredi

Contraints par la loi et pour cause d’égalité absolue à passer leur dernière nuit avant l’élection ensemble dans une même chambre, les douze candidats sont allongés en pyjama sur des matelas posés côte à côte à même le sol.

Philippe Poutou, qui téléphone à sa sœur, parle haut et fort, empêchant les onze autres de dormir ; ceux-ci râlent car ils vont devoir être en forme et faire bonne figure le lendemain, le dimanche du résultat.

Poutou est hilare, il cite le professeur Choron : « Il est absurde d’offrir un whisky à une girafe sans ajouter une très longue paille dans son verre. » Je m’étonne que Flaubert fasse partie des douze. « Comment peut-on voter pour un mort ? », me demandé-je.

dimanche 3 avril 2022

God





 Qu’ont en commun GranGousier, GarGamelle, GarGantua, PantaGruel, leurs ancêtres Goliath, Gabbarra, GemmaGoG, MorGan, LonGys, Gayoffe, Galehault, MirelanGault, Galaffre, VitdeGrain, leurs gens Ulrich Gallet, Gymnaste, PanurGe, etc. ? Précisément cet élément d’identité, cette lettre axiale chargée, comme on va voir, de surprenantes vertus occultes. Ébauché dans le hiéroglyphe égyptien de la Géométrie, dérivé du ghimmel phénicien, de l’iod hébreu, du gamma grec, parfois redoublé en tau dans la symbolique, conservé intact dans l’alphabet slave, G a subi dans la graphie latine une courbure qui, par les allusions nouvelles qu’elle suscite : sortie de l’Œuf, scission de l’Un, deux hémisphères, nœud, mâchoire, gorge, en dissimule le sens fondamental.

(1970, p. 42-43)

samedi 26 mars 2022

gold




 
 
   Ce sont vraisemblablement les livres jaune d’or des éditeurs Charpentier et Fasquelle. Le cœur de ces jeunes gens bat. Le grand g de la gloire est là, au cœur d’un nom et dans leur avenir, c’est le g de sang, le g de gentilhomme et de galop. La devanture du libraire est sortie devant la porte sous des arbres. Des rayons de soleil jouent sur le livre jaune. L’or à travers les feuilles tremble sur l’or du nom. Les jeunes gens tremblent, demain sera beau, les femmes, les livres, les tilleuls, l’or de leur propre nom. Flaubert prend Du Camp par le bras, ils se penchent sur le g de Victor Hugo. C’est le g de gueule, de piège.
 
(2002, p. 31)

 

vendredi 18 mars 2022

combien de divisions

 — Bonjour, pourriez-vous nous expliquer en clair ce qui distingue les autonomistes des indépendantistes, et ceux-ci des séparatistes ?

— Écoutez, c’est assez simple, les autonomistes sont pour l’autonomie, les indépendantistes pour l’indépendance, tandis que les séparatistes sont pour la scission.

— C’est donc ce qui les sépare.

— Des sécessionnistes, lesquels sont pour la sécession.

— Et les souverainistes ?

— Je les sens assez détachés.

dimanche 13 mars 2022

Han Shan (4)

En 1978 (j’ai dix-huit ans), après une annonce, ou une critique, parue probablement dans le mensuel le Sauvage, je commande par voie postale un numéro de la revue Chaman (n° 9, 64 p., 25 F).



Mince volume — où s’insérait un papillon d’ERRATA — que je trimballai ma vie durant d’adresse en adresse, mais que je n’ouvris réellement que quarante-deux ans plus tard, au début de février 2020. 

 


samedi 5 mars 2022

le coût du lapin


Marvin E. Newman 

Chicago, 1951 

samedi 26 février 2022

Han Shan (3)

 

Cheveux en bataille et le rire aux dents, Han Shan, consultant un rouleau laissé en blanc, et son grand ami Shi-de (ou Shih-té), représenté au balai de paille, moine préposé aux cuisines d’un monastère, constituent un thème classique du bouddhisme zen et un motif traditionnel de l’iconographie nippone. 


[ Mendiant chaque jour sa nourriture selon la stricte règle monacale et pratiquant assidûment la méditation assise ou zazen, Ryōkan (1758-1831), de la période Edo, poète et calligraphe japonais, avait élu Han shan comme modèle. ]


Cette historiette qui m’enchante, tirée de sa légende, proche de l’esprit des kôan zen : suspension du sens… 


Shide balayait la cour du monastère lorsque le supérieur, qui passait par là, lui demanda brusquement :

— Quel est votre vrai nom ? Où vivez-vous ?

En réponse à cette question, Shide jeta son balai et croisa les bras sans rien dire.

Lorsque le supérieur lui posa à nouveau la question, Shide reprit son balai et recommença à balayer. 

Ayant assisté à cette scène, Han Shan se frappa la poitrine et prononça plusieurs fois : 

— Merveilleux ! Merveilleux !

Shide lui demanda : 

— Pourquoi dis-tu cela ?

Et Han Shan répondit :

— Lorsqu’un homme meurt dans la maison de l’Est, les voisins qui sont à l’Ouest montrent leur sympathie en poussant des gémissements 

Alors les deux amis éclatèrent de rire, dansèrent et crièrent *.

 


 

mercredi 23 février 2022

homme-sandwich


 Le plus sidérant dans la fresque de Goya qu’on intitule Saturne dévorant l’un de ses fils (circa 1821), l’une des « peintures noires » du Goya septuagénaire qui recouvra les murs de sa maison de Madrid — l’une aussi des œuvres les plus hallucinées de toute l’histoire de l’art, une scène de cannibalisme aux limites du supportable : un père dévorant son fils pour empêcher celui-ci de lui succéder —, outre les yeux hors de la tête (une exorbitation), est la manière dont le Titan Kronos, dieu du Temps, tient son fils — sanguinolent, déjà étêté et démembré — bien serré entre ses mains crispées pour le porter à sa bouche (un trou noir) afin de le déchiqueter, comme on le ferait d’un bon gros sandwich baguette.


jeudi 17 février 2022

Han Shan (2)

Si ma vie durant je me cache dans Montagne-Froide
Vivant de plantes, de baies : Quoi de mal à ça ?
Suis ton karma mon vieux jusqu’au bout
Jour, mois, filent comme ruisseaux
Temps, étincelles de deux silex frottés
Je regarde devant moi j’abandonne le monde à son agitation
Trop heureux croyez-moi d’être assis là
Parmi les falaises*.


On ne représente jamais autrement Han Shan qu’au plus près des nuages, on le dit « mangeur de brumes ».

Han Shan, que les bouddhistes zen et les taoïstes ont souhaité, chacun, annexer, introduire dans leur panthéon, ne fut pourtant d’aucun clan : il était seulement Hanshan.

De Han Shan, on dit qu’il était « fou de liberté », sage et sauvage — sa(uva)ge.

Han Shan ne se rasait pas les cheveux, ne mangeait aucune viande, s’adonnait à des exercices de respiration et connaissait les plantes médicinales.

Jack Kerouac (puis les beatniks, puis les hippies, puis les Beatles, qui l’évoquèrent dans la chanson « The Fool on the Hill ») rendit hommage au poète de Montagne-Froide. Les Clochards célestes (titre original : The Dharma Bums, 1958) sont dédicacés à Han Shan, où celui-ci est d’ailleurs longuement cité, et évoqué.


* trad. Martin Melkonian, d'après la traduction du chinois en anglais de Gary Snyder


jeudi 10 février 2022

3 x rien

 
 
Carton, 1985
 

 1970



2022
 

 6 Pieds sous terre, 2015


vendredi 4 février 2022

Han Shan (1)

 

Han Shan s’il exista naquit en Chine, au VIIe siècle, lors de la dynastie Tang (618-907).

Li Bai (ou Li Po), « le poète de l’ivresse », Du Fu (parfois Tou Fou), Han Shan : trois grands poètes de la dynastie Tang (VIIe-IXe s.), un peu moins de trois siècles dont les anthologies ont conservé quelque quarante-huit mille neuf cents poèmes de plus de deux mille auteurs.

Han Shan, vers sa trentième année, quitta une existence relativement confortable menée à la campagne, sa femme et un fils.

Han Shan, le poète chinois qui se retira sur un lieu nommé « Montagne-Froide », en prit le nom : Hanshan, comme l’on dirait Monfroid.

Han shan, Han-shan, Hanshan, Han Shan, Han-Shan, selon les transcriptions ; donc Han, pour « froid(e) », et Shan, pour « Mont(agne) ».

Hanshan, « le poète ermite » (comme il existe « le poète boxeur », « le poète sans œuvre »…), est qualifié systématiquement en français par ces deux adjectifs : « hilare et débraillé ». — « Excentrique » revient aussi souvent.

Hanshan laissa quelque trois cent vingt poèmes — ses « œuvres complètes » —, la plupart des huitains « rimés » (approximations), qu’il avait écrits sur des écorces d’arbre, des bambous, des rochers ou sur les murs de quelques bâtisses, que, selon la tradition, le préfet Lu-ch’iu Yin — porteur de l’insigne du Poisson dans un étui rouge, don de l’empereur —, ayant demandé à un moine de les recopier, collecta et introduisit par une préface. 

 


 

dimanche 30 janvier 2022

Indexographie

 

Comme tombent de la lune des pierres dites « de rêverie », j’ai reçu de la part de Pierre Cohen-Hadria deux imposants fichiers texte.

Pierre Cohen-Hadria — parmi de nombreuses autres activités — est l’inlassable animateur journalier du blogue Pendant le week-end.

Ces fichiers étaient précédés d’une introduction, ou prologue :

Pour un « Traité d’onomastique amusante » au carré

Lorsque j’ai eu en main le C’est du propre de Jacques Barbaut (j’en avais déjà lu un petit extrait il me semble des pages « action ! »  sur barbOtages — pour le titre, il me semble aussi — je ne sais plus trop), j’ai pensé, après en avoir lu quelques pages, que j’aurais bien aimé trouver, par exemple, si on avait quelque chose sur Boris Vian (et oui) ou sur Georges Brassens (mais non), je me disais : mais comment m’y retrouver ? En réalité dans le sous-titre, c’est le « amusante * » que je préfère (mais j’aime beaucoup « onomastique »). Et puis ensuite, comme j’aime assez lire, j’ai expérimenté cette manière-ci de pratiquer ce passe-temps : prendre des notes, les penser et les classer. Et je m’y suis mis.

Les index.
Il ne s’agit que d’une façon de lire.


[…]

Dit autrement, Piero CH s’était mis en tête d’établir, en deux fichiers séparés, un « index des noms propres cités dans C’est du propreTraité d’onomastique amusante ».

Lesdits fichiers recensent quelque mille huit cent cinquante entrées ; le premier — qu’il consacre à ce qu’il appelle le « paratexte », les « seuils » chers à Genette, accueillant aussi les entrées et les sources —, commence avec Abraracourcix (207) et se clôt avec Zweig Stefan 34 (soit quelque 550 entrées) ; le second, général, bon-allant d’Abélard 167 à Zulica 195 (1 300 entrées).

J’avais bien de mon côté envisagé l’établissement d’une telle liste in fine, puis y avais renoncé pour cause de difficultés me paraissant insolubles. Ce « carré » représente dès lors un « miroir » à CdP (ou Toa) assez vertigineux, déformant, mise en ordre alphabétique non exempte çà et là de quelques fantaisies ou facéties.

* Piero, pour le qualificatif « amusante », il s’agit d’une réminiscence des boîtes de « chimie amusante » de l’enfance : des « expériences », des poudres, des liquides, de la fumée, des odeurs et des couleurs.

Ces index, vous pouvez désormais les consulter :

ici >   (paratexte)


&

là >   (général)
 


(photos PCH)


vendredi 28 janvier 2022

2/50

 

 
50 livres que je n’ai pas achetés

jean-christophe napias

l’éditeur singulier, à paris, 2021
52 p. (non paginé), 7€50

lundi 24 janvier 2022

en clair

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro

jeudi 20 janvier 2022

Michelle Grangaud

 11 octobre 1941-15 janvier 2022

 
11 octobre 
 
    * Le Bureau central de Recherches surréalistes ouvre ce jour à Paris, 15, rue de Grenelle, avec Francis Gérard pour secrétaire général.
    * Dans le salon vert de l’appartement de Lamb House, Henry James dicte la préface de The Tragic Muse à Miss Bosanquet, sa nouvelle secrétaire qui tape à la machine. 
    * Molière et les comédiens de la troupe, arrivant sur leur lieu de travail, le théâtre du Petit-Bourbon, constatent avec stupeur que des ouvriers sont occupés à le démolir, sur ordre du surintendant des Bâtiments.

15 janvier
 
    * Une fraction des surréalistes, dont notamment Leiris, Desnos, Prévert et Queneau, publient Un cadavre, qui est une protestation contre l’autoritarisme de Breton.
    * Balzac peut voir à Angers son propre buste que le peintre et sculpteur David a terminé.
   * Gertrude Stein et Alice B. Toklas s’installent dans leur nouvel appartement, 5, rue Christine. Gertrude commence à écrire un petit  livre sur Picasso.

Michelle Grangaud

Calendrier des poètes

P.O.L, 192 p., 2001


lundi 17 janvier 2022

un artiste visionnaire

Markus Schinwald

 (1972, Salzbourg, Autriche -   ) 

 

 
 Carlotta (2005)

Adam (2009)
 
Grita (2010)

 
Mel (2012)

vendredi 14 janvier 2022

dans l’œuf

 

 


 

— Ne reste pas là à jacasser toute seule, dit le Gros Coco* en la regardant pour la première fois, mais apprends-moi ton nom et ce que tu viens faire ici.
— Mon nom est Alice, mais…
— En voilà un nom stupide ! déclara le Gros Coco* d’un ton impatienté. Que veut-il dire ?
— Est-ce qu’il faut vraiment qu’un nom veuille dire quelque chose ? demanda Alice d’un ton de doute.
— Naturellement, répondit le Gros Coco* avec un rire bref. Mon nom, à moi, veut dire quelque chose ; il indique la forme que j’ai, et c’est une très belle forme, d’ailleurs. Mais toi, avec un nom comme le tien, tu pourrais avoir presque n’importe quelle forme.


Lewis Carroll
(Charles Lutwidge Dodgson)
De l’autre côté du miroir, et ce qu’Alice y trouva
(trad. Jacques Papy)


———————————
* Humpty Dumpty dans l’original. (Dodu-Mafflu pour Antonin Artaud.)

 

C’est du propre, p. 35 — Nous, 2020, 208 p., 20 euros.




 

samedi 8 janvier 2022

fin-de-siècle


Elle [Clarisse] sourit et, affectant pour la dame une parfaite indifférence, fut se placer à son tour devant la barre d’appui. L’infirmière lui retira son peignoir ; et, presque aussitôt, le docteur ayant crié : « Voilà ! » elle sentit à sa nuque l’écrasement du jet tiède ; il la remplit de douceur, l’enveloppa d’une caresse insinuante. Les forces de l’eau la pénétraient. Le docteur changea de lance, et les jets de plus en plus froids lui arrivèrent, pesants, drus, brusques. Elle subissait l’assaut d’une force, se ruant, s’étalant sur elle, se prolongeant par toutes les courbes du corps… Clarisse s’amusa de frémir. Elle oublia le docteur, la dame, sa crainte. Un être fluide la possédait jusqu’à lui valoir des sanglots, des énervements et des spasmes…
— N’est-ce pas, docteur ? mademoiselle Gabry est une nymphe de Houdon ?… C’est un bonheur de la regarder.
— Tournez-vous vers moi, mademoiselle !
Clarisse se tourna ; la possession devint plus réelle. En virant sur ses orteils elle s’offrit à la caresse brutale, aux baisers glacés des jets.
— Hein ! madame Stival, un Houdon. Entrez, mais gardez vos lunettes noires. Elle éblouit, cette jeune personne !
Sans percevoir même la voix dolente et traînarde de Mme Lyrisse, ni les petits rires de la femme du docteur, Clarisse continuait à prendre de la volupté. Elle ne savait plus rien. À ses yeux clos, une extase pourpre et or ne cessait pas de s’approfondir. Et, dans son corps, un grand frisson ondoya.
— C’est tout, pour une première fois.
— Vous avez été héroïque, mademoiselle.
Confuse, mais toute pleine de joie, elle sentit la mousse du peignoir s’appliquer à ses épaules et les mains vigoureuses d’une infirmière la frotter. Vite revêtue, elle quittait la maison des fous après bien des remerciements au docteur.

Paul Adam (1862-1920)
L’Année de Clarisse
préface de Valentine Coppin
Les Âmes d’Atala, 2021 (1897), 404 p.


 

Ophélie (1894-1895), Paul Steck

Petit Palais, Paris

lundi 3 janvier 2022

poi(sson/ds)

Sergio Larrain (Isla Negra, Chili, 1957)

 

« Un poids pend à un crochet et parce qu’il pend il souffre de ne pouvoir descendre : il ne peut se dégager du crochet puisqu’en tant qu’il est un poids il pend et en tant qu’il pend il est dépendant. »

Carlo Michelstaedter (1887-1910)
La Persuasion et la Rhétorique [incipit]

(traduit de l’italien par Marilène Raiola)

samedi 1 janvier 2022

pour une année bien arrosée


 Rachel Stella & Jacques Demarcq

(avec P. Picasso)

mardi 28 décembre 2021

jeudi 23 décembre 2021

A mbul A toire


František Dostál

A
______
A

lundi 20 décembre 2021

soyons précis


Vous expliquez que ce mouvement de complexification de la matière est encore d'actualité. L’Univers crée 10 000 étoiles par seconde…
David Elbaz : Le chiffre précis c'est 9 774, dans l’Univers observable. […]

Libération,
sam. 18-dim. 19 décembre 2021 — « La plus belle ruse de la lumière pour se multiplier, c’est la vie ! » (interview, p. 16-17)

mercredi 15 décembre 2021

œ(il/uf)

 

 
 
 

La série des déplacements métonymiques, dans l’Histoire de l’œil, a pour fonction de montrer que le désiré n’est jamais ceci ou cela, mais toujours à côté de ceci, à côté de cela. Le regard amoureux, l’œil de l’amante, ne se chargent de sens, de signification érotique, que pour autant qu’ils sont immédiatement déplacés vers autre chose (« différés ») ; d’où la série des déplacements et des médiations : de l’œil on passe à l’œuf, puis à l’anus, puis au testicule, puis à la vulve, où Simone introduit, à la fin du roman, l’œil qu’on vient d’arracher à un prêtre ; c’est alors, contemplant le sexe de Simone qui entoure l’œil du prêtre, que le héros revoit soudain le regard de Marcelle, son amante. À travers ses différentes pérégrinations, le sens érotique est revenu à l’objet qui lui a servi de point de départ ; mais entre-temps il a circulé, et n’aurait pas eu lieu s’il n’avait ainsi circulé : car la signification érotique n’est pas sise en l’œil de l’amante, mais dans le chemin qui le conduit à l’œil énucléé d’un homme, glissé dans la vulve d’une autre femme. Comme le dit Michel Sardou en son langage : « Elle court, elle court, la maladie d’amour. » Tel en tout cas court le sens. Il y a un cycle du sens, un flux, un courant ; le sens n’est ni ici ni là, le sens est ce qui « passe », et c’est se condamner à le manquer que de prétendre l’arrêter pour s’en saisir.

Clément Rosset
Le Réel. Traité de l’idiotie
Éd. de Minuit, 1977, p. 56-57