vendredi 22 juin 2012

une pomme de terre / emmerder un poète



Solliciter     /     le clitoris


la langue     /     a nul égal

le cerveau     /     crée la vue

le doigt     /     dit l’ego

il pense     /     le pénis



in Jean-Claude Mattrat
La Chose le Chaos
anagrammes
Éd. Nous, MMXII, 96 p., 12 €


lundi 18 juin 2012

animaux d’avant les mots



Sous la lame l’inquiétude inutile
sous l’envers le décor et derrière
lui la médaille à une face Tu
voudrais bien désapprendre

à lyre Voici Véronique Muleta
le corps le cri le hue le dia

et le cortège des rhinocéros
à l’enterrement de l’ornithorynque

l’animal absolu l’hybride l’amphibie
l’indécidable paradigme encyclopédique

Mais changeons de sujet comme
dit le sujet qui rêve de se poser
un lapin de se mettre au clou et
de changer d’air d’allure d’armure


Christian Bernard, Petite Forme
[100 sonnets / 2]
Éditions Sitaudis, 2012
64 p., 12 €

samedi 9 juin 2012



    Palmiers, potamochères, salsifis, ananas. Un jardin luxuriant : cactacées et cinéraires sous un ciel d’orage. La mousse au tronc des arbres repère une direction. Une plage, des pins, des dunes de sable fin platine, le vent, l’océan au soleil, les cigales. Des fossiles à l’ombre de la falaise blanche où nidifient des goélands, le fracas des vagues à marée haute. Un grand cheval gris pêcheur de crevettes ou ramasseur de varech sur la grève à marée basse caressée par des vaguelettes. La marée, les galets au pied de la jetée. Ciel bleu, oyats balancés au gré d’un vent mi-bise, mi-brise : octobre, sable humide ; avril, alouette. Etale étang, poule d’eau, rat musqué, bulles de batracien, roseaux, saules, bosquet, glèbe presque tourbe. Colline à la dense forêt, pluie sur le lit sinueux d’une millénaire rivière dans une vallée encaissée, un lac de lave au fond du cratère d’un volcan. La grève, les dunes, le froid, la tempête, un ciel gris teinté de crachin. Cheval-tigre, hermine, rivière, cresson, feuillages verts, crabe, vautours, girafe, coupole neigeuse, reptiles, l’écorce aspect des arbres, panda, bouquetins, mouches, lièvre, otarie, zèbre, chat, tulipes, merle, ânes, du vent, une souche, une branche, un geai, des cygnes, hyène, lapins, poissons : un zoo.

Jean-Marc Baillieu, Humanité 3
Hapax, 2012, 134 p.
(incipit)


vendredi 8 juin 2012

mise à l'écart


QUESTION :

— Que vaut-il mieux, être tiré à quatre épingles ou bien tiré à quatre chevaux ?

RÉPONSE :

— Il vaut mieux être tiré à quatre épingles qu’être tiré à quatre chevaux, parce que celui qui est tiré à quatre épingles a toujours le temps d’être tiré à quatre chevaux, alors que celui qu’on tire à quatre chevaux n’a plus le temps d’être tiré à quatre épingles.

Michel Leiris, Aurora (1939, renouvelé en 1973)

*   *   *


Dieric Bouts (v. 1420-1475)

samedi 2 juin 2012

viral

LAISSONS LA PEUR
DU ROUGE
AUX BÊTES À CORNES

Beaux-Arts

in


(verso)
Celui qui peut attribuer 
un chiffre à un texte
est un con

hall du grand amphithéâtre de la Sorbonne

in


JOURNAL MURAL — MAI 1968
SORBONNE, ODÉON, NANTERRE…
citations recueillies par Julien Besançon
TCHOU, ÉDITEUR

achevé d'imprimer le 20 juin 1968
(état impeccable)



vendredi 1 juin 2012

mardi 29 mai 2012

cynophile


— Mais c’est quoi cette histoire de chien ? Mais vous délirez mon petit vieux !? On n’est pas dans une pièce de Jacqueline Maillan, là ! J’ai un business à faire tourner moi ! Non, mais pourquoi pas écrire une histoire de ragondin ou de marsupial ? C’est vrai, ça vous ferait une évolution inusitée : Val artiste pop rock qui se prend pour Douchka en milieu de carrière, le rêve ! C’est comme si Berlioz, d’un coup, après s’être trop exposé au soleil et avoir ingurgité un litron de bière, se mettait à vouloir écrire de la musique pour éléphants de mer, Bayreuth à Disneyland ! Je vous préviens, je ne marche pas ! Ne comptez pas sur moi pour mettre une perruque platine et des mocassins à talons argent !

Sophie Coiffier, Me and my dog (p. 47)
Éditions MIX, 2012, 60 p., 7 €


lundi 21 mai 2012

pascouan


« Voici ce que j’ai pensé : cette économie planétaire de croissance finira un jour nécessairement comme tous les empires totalitaires qui l’ont précédée dans l’histoire : elle s’effondrera aussi totalement qu’elle aura régné. Mais c’est à l’échelle du globe entier qu’elle livrera cette fois tout à coup à elles-mêmes des populations désemparées, malhabiles, ignorantes, abruties et craintives ; et davantage qu’elle durera encore ; sans agriculture parmi une nature épuisée et rétive, parmi des infrastructures à l’abandon. Et puisqu’elle n’existe qu’à détruire, le plus tôt sera le mieux ; à mon avis ; sinon à ne laisser après elle qu’une île de Pâques tournoyant dans l’espace infini. »

La Vie sur Terre. Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes
Éditions de l’Encyclopédie des nuisances, 2008, 240 p. (ici, p. 200)


mercredi 16 mai 2012

la République exemplaire


le Falcon dernière génération
transportant le président de la République
François Hollande
en route vers l’Allemagne
est touché par la foudre


— plus de peur que de mal

samedi 12 mai 2012

mercredi 9 mai 2012


U N IO N

U N I ON

jeudi 3 mai 2012

A / ffiche


Salon du livre libertaire
du 11 au 13 mai 2012
(104 éditeurs, 107 auteurs)
Espace des Blancs-Manteaux
Paris IVe

lundi 30 avril 2012

jeudi 26 avril 2012

en -U



Cette minette du Machu Picchu
Avait l’habitude de se promener nue
Un policier qui la vit passer dans la rue
S’exclama : « Oh ! Quel cul ! »
Et la prit aussi fort qu’il put.

(137)

samedi 14 avril 2012

B & B


John Minihan (Londres, 1989)


via Tout ceci est magnifique (1er mars 2012)

mercredi 11 avril 2012

street art


dessin de Sempé

jeudi 5 avril 2012

U. Z. > H. B.



Si on regarde Bellmer à l’œuvre, il semble que sa main n’ait aucun poids. Malgré tout, la tendresse d’une ligne remplit tout son corps et son âme. On se méfiait de tant de facilité, et on veut savoir si sa main reste contactée au papier, si cette trace chantante n’est pas une sorcellerie venue du Néant. Les dessins obscènes qu’il répète depuis des années — peut-être est-il érotomane — sont exécutés dans une infinie douceur, avec prudence et précision, mélange d’une froideur incroyable, impitoyable et de fièvre.

Zürn, Unica, MistAKE & autres écrits français
Ypsilon éditeur, 64 p. (2011, 2e éd.)



dimanche 1 avril 2012

vendredi 30 mars 2012

prendre la pose


photographie de Jacquie Bablet


— Gianpetrino, la Mort de Cléopâtre.

jeudi 22 mars 2012

sa bataille


L’Impossible — L’autre journal (nouvelle série), n° 1 [p. 5]
mars 2012, mensuel, 128 pages, 5 €

samedi 17 mars 2012

(et approuvé)



— Pourquoi quatre-vingt-dix-neuf chapitres plutôt que quatre-vingt-dix-huit ou cent ?
La maison a dix pièces par étage. Il devrait donc y avoir cent chapitres. Mais, regardez quand un enfant mord dans un petit beurre ; il commence toujours par croquer l’un des quatre coins. Là, une petite souris a mangé une des pièces. Cela m’a servi à détruire les symétries, à dissimuler les structures. Chaque fois qu’on veut appliquer rigidement un système, il y a quelque chose qui coince. Pour qu’on puisse fonctionner dedans avec liberté, il faut introduire volontairement une petite erreur. On connaît la phrase de Klee : « Le génie, c’est l’erreur dans le système. »
C’est cette intervention que les Oulipiens, et avant eux Jarry, appellent le clinamen. La petite erreur, qui nous vient de Lucrèce, et sans laquelle aucun atome n’accrocherait les autres, sans laquelle donc le monde n’existerait pas.
La pièce disparue entraîne donc une cassure au chapitre 66, aux deux tiers du livre. Chapitre qui, de plus, raconte des histoires de diables, le chiffre 66 étant aussi un chiffre démoniaque. On y trouve la petite fille peinte sur le couvercle d’une boîte de biscuits, en train de mordre le coin du petit beurre, et, du coup, de croquer le chapitre.

« La maison des romans » (p. 32-35), entretien entre Jean-Jacques Brochier et Georges Perec à propos de la parution de la Vie mode d’emploi, in Magazine littéraire, n° 141, « Nietzsche », oct. 1978.


samedi 10 mars 2012

vendredi 9 mars 2012

textile

Une jeune fille du Massachusetts
Ne se souciait guère de l’étiquette
Elle était toujours capable
De pisser sur la table
Et de sécher sa chatte avec ses chaussettes. 

(1391)

samedi 25 février 2012

les soupirs de la sainte


et les cris de la fée

Lnor, Sang froid
cinquante photographies autour du « modèle »
accompagnées notamment du « Manifeste méduséen »
144 p. quadrichomie n & b

Les Âmes d’Atala, MMXI


82, rue Colbert — porte cochère bleue — 59000 Lille 
(11€50 frais de port compris)

vendredi 24 février 2012

mardi 21 février 2012

calcul

Le mathématicien Von Blecks
Cherchait l’équation du sexe
Prouvant qu’une bonne baise
Ne dépend pas de patience ni d’aise
Mais = fonction de y sur x. 


(1555)

dimanche 19 février 2012

heute


Jean Michel Basquiat (1960-1988)

samedi 18 février 2012

lundi 13 février 2012

Délie, ris, homme très mince !

photo : Marcel Bovis (1934)  Facie Populi (via pop9)


Il abuse des mélanges se lit il a bu d’aimer l’ange ; l’aviné se croit arrivé au septième ciel.

Ethylique : est-il… hic ?

Intempérant ; un temps, perd rang ; l’homme ivre est sorti du rang.

Quand il a bu trop de cassis, ne dit-on pas qu’il est cassé ?

Trop de vin rouge aligoté, qu’il est vain, rouge, à ligoter !

Quand il a bu trop de rhum, il devient sur-homme.

Trop d’absinthe, il devient absent.

Il ne tient plus debout signifie il ne tient plus les deux bouts.

Il commande une Desperados ; il désespère, l’ado ; l’homme qui s’adonne à la boisson n’est pas encore adulte.

Je suis bourré ; je suis las, bourré ; je suis labouré

Je suis rond comme une queue de pelle, et non bonne comme un beuh de Chelles

Quand il en tient une bien bonne, souvent il retient sa bonne (car quand il ne sait plus où il habite, il ne sait plus où il a bite).

— Tequila ; t’es qui, là ?

Hé, Manu, hèle la vinasse ! non pas Emmanuel Levinas

Eau-de-vie ; Ô ! deux vies… l’homme ivre voit double après un triple-sec

Nous allons boire à tire-larigot, ou attire-la à Rigaut, c’est un appel au suicide.

dimanche 12 février 2012

Libre & Ris !


Je me souviens que Madeleine — je crois — m’offrit, en 1989, le jour du pot d’adieu *, après quatre années de « bons et loyaux services » effectuées en tant que « metteur à part » (convention collective) dans le sous-sol d’une librairie parisienne du boulevard Saint-Germain dont le nom en quatre lettres commence par un « H » — choisissant dorénavant la profession dite de « lecteur-correcteur » —, ce volume de l’année de ma naissance...
__________
* cf. « Pourquoi je ne reviendrai pas travailler en librairie de neuf », Y.L.

mercredi 8 février 2012

mardi 7 février 2012

X


Antoni Tàpies (Barcelone, 1923-id., 2012)

samedi 4 février 2012

Érotiques

(dessin : détail)


il y a tant de tic-tac
horloge partout disant aux gens
quelle tac-tic heure il est par
tic-tic exemple six tac heures
tac cinq tic

le printemps n’est pas réglé ni
ne tombe en panne et
ses doigts ne font de petits sauts
lentement sur des nombres

il ne
se remonte pas n’a de poids
ressorts ni rouages à l’intérieur
de sa sveltesse non chérie
rien de la sorte.

(Alors,quand le printemps viendra nous
nous embras nous serons nous embrasserons
sur la bouche car les tac horloges tic
ne tic-tac changent rien
à je t’embrassebrasse et tu
m’embrasses)



in Érotiques, E. E. Cummings — édition bilingue
traduit de l'anglais et présenté par Jacques Demarcq
avec treize dessins de e.e.cummings



Seghers, janvier 2012, 160 pages, 17 €