dimanche 30 mars 2025
jeudi 20 mars 2025
ANTÉLOPICUS
Engravé au primaschiste des écroules,
Geyse dans les fabules remémores,
Paléo, paléo Antélopicus des Milmilaires !
Qual fiérallant vecta cottécaille !
Vigorance de ta têtangule en fonçaflèche !
Frémillance d’orguille àton nervocodal !
Tes pharazieux enfascinaient les maragrouilles.
Des myrielles d’animaculs s’emproissaient dans ta magnétise.
Cétètoi la majœuvre de la Créate,
Paléo, paléo Antélopicus des Milmilaires !
T’avais la certe de tiendrentoi la réalise de la Perfecte Absole.
Teussavaispas qu’en succède àton existe, la chaînatisse de l’Évolucosme s’encaminerait danleu mieuzencor du plusavant.
Povéra vanite d’un monstruosus, empireur des océaniques en hun peutitemps queucèrien dans les géosoraires !
Éjordhui, tè plucune traçure d’ombrune dans l’éternabsence !
Paléo, paléo Antélopicus des Milmilaires !
André Martel, Œuvre paralloïdre
Textes réunis et présentés par Brice Liaud
Illustration de couverture : Benoît Jacques
On verra bien (Limoges), 2025, 428 p., 22 €
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« Antélopicus », in Le Mirivis des Naturgies (1963) [p. 168]
vendredi 14 mars 2025
bête (à corne ?)
La bête, c’est Clara, d’origine indienne, exhibée dans les capitales européennes de 1746 à 1758, mentionnée deux fois par Casanova dans ses Mémoires, et sa corne, sciée, est exhibée par son « propriétaire », qui manie aussi le fouet.
Le Rhinocéros, Pietro Longhi, huile sur toile, 1751
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vendredi 7 mars 2025
penthouse
« Je tourne le dos à leur feinte hilarité et franchis une porte par laquelle je suis certaine d’être déjà passée, mais pour me retrouver dans une pièce que je n’ai pas encore visitée – on dirait une salle de jeux. La musique est beaucoup plus forte ici, mais sa source demeure aussi mystérieuse que jamais. Les gens s’adonnent à des mimes et à des parties de strip-poker, jettent des balles de ping-pong dans ce qui ressemble à un stupide concours de boissons, jouent au billard avec des queues tordues. Le jeu de l’âne a troqué l’appendice caudal pour des yeux en papier qu’il faut épingler à des fesses nues. Ça hurle de partout, les rires sont odieux, un épais voile de fumée maléfique. Je hais cette soirée, me sent violée par elle. Je ne souhaite qu’une chose : rentrer chez moi ! »
Mascarade, Robert Coover
traduit de l’anglais (États-Unis) par Stéphane Vanderhaeghe
Quidam éditeur, 2025, 180 p. [p. 77]
samedi 1 mars 2025
samedi 22 février 2025
lundi 17 février 2025
lundi 10 février 2025
(n)on-dit
Le Nouvel Obs, 2 janvier, repris dans le Monde des livres, « Spécial Festival international de la bande dessinée, Angoulême », vendredi 24 janvier
mercredi 5 février 2025
en hausse
« Comme il faisait une chaleur de quarante-quatre degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument liquéfié. »
jeudi 30 janvier 2025
hhh
« Il y a, cependant, un détail qui prouve de la façon la plus absolue que le document est soumis à la loi d’un nombre.
— Et c’est ?… demanda Manoel.
— C’est, ou plutôt ce sont trois h que nous voyons juxtaposés à deux places différentes ! »
Ce que disait le juge Jarriquez était vrai et de nature à attirer l’attention. D’une part, les 204e, 205e et 206e lettres de l’alinéa ; de l’autre, les 258e, 259e et 260e lettres étaient des h placés consécutivement. De là, cette particularité qui n’avait pas d’abord frappé le magistrat.
« Et cela prouve ?… demanda Manoel, sans deviner quelle déduction il devait tirer de cet assemblage.
— Cela prouve tout simplement, jeune homme, que le document repose sur la loi d’un nombre ! Cela démontre a priori que chaque lettre est modifiée en vertu des chiffres de ce nombre et suivant la place qu’ils occupent !
— Et pourquoi donc ?
— Parce que dans aucune langue il n’y a de mots qui comportent le triplement de la même lettre ! »
Manoel fut frappé de l’argument ; il y réfléchit et, en somme, n’y trouvera rien à répondre.
Jules Verne, la Jangada. Huit cents lieues sur l’Amazone (1881)
« Où il est question de chiffres » (deuxième partie, chap. XIII)
vendredi 24 janvier 2025
pruneaux et faïence
À Agen, à jeun, un agent, Jean A, a geint.
A., Jean, agent, a geint à jeun à Giens.
samedi 18 janvier 2025
lundi 13 janvier 2025
Des plaies...
Écoutez. Je sais bien que je ne sais pas penser. Je suis poète. Mais je ne sais pas penser. On ne m’a jamais appris. On me taquine toujours là-dessus. Quand j’entends mes amis tenir des discussions philosophiques, je voudrais bien m’y mettre aussi, mais ça va trop vite pour moi. Ils me disent de lire Platon, les Oupanichad, Kierkegaard, Spinoza, Hegel, Benjamin Fondane, le Tao, Karl Marx et même la Bible. J’ai bien essayé de lire tout cela, sauf la Bible, parce que là, je crois bien qu’ils se fichent de moi. C’est très clair le temps que je lis, mais après j’oublie, ou bien je ne sais pas en parler, ou bien je trouve des idées contradictoires entre lesquelles je ne sais pas choisir, enfin ça ne fonctionne pas.
René Daumal
La Grande Beuverie
Allia (p. 46)
jeudi 9 janvier 2025
… et des bosses
119. Les résultats de la philosophie consistent dans la découverte d’un quelconque simple non-sens, et dans les bosses que l’entendement s’est faites en se cognant contre les limites du langage. Ce sont ces bosses qui nous font reconnaître la valeur de cette découverte.
[…]
121. On pourrait penser que, si la philosophie parle de l’emploi du mot « philosophie », il doit y avoir une philosophie du deuxième ordre. Mais il n’en est pas ainsi. Le cas de la philosophie est analogue à celui de l’orthographe qui traite aussi du mot « orthographe », mais sans pour autant être une orthographe du deuxième ordre.
[…]
123. Un problème philosophique est de la forme : « Je ne m’y retrouve pas. »
Ludwig Wittgenstein
Recherches philosophiques (Philosophische Untersuchungen)
Traduit de l’allemand par Françoise Dastur, Maurice Élie, Jean-Luc Gautero, Dominique Janicaud, Élisabeth Rigal
NRF Gallimard, « Bibliothèque de philosophie », 2004
(p. 86-87)
vendredi 3 janvier 2025
vendredi 27 décembre 2024
anecdotique, donc
« On a envie de dresser une liste, de tracer une piste, et ce serait comme ça, très vite : un jeune homme passe dans une grotte, un philosophe grec se nourrit de lupins bouillis, le 11 septembre 1556 Pontormo met en bouteilles trois barils et demi de vin de Calenzano, Linné rencontre en Laponie une femme qui aurait avalé des grenouilles, il dit qu’on pouvait les entendre coasser, Herman Melville, de passage au Caire, y fait l’éloge des ânes, Kafka le 26 septembre 1911 croise deux jeunes filles sur la Wenzelplatz et décrit longuement le gros bouton qui est cousu à la manche de l’une d’entre elles, Louis Zukofsky écrit “ le tramway file sur le pont ”… le tramway file en effet, là c’est New York et tout autour et jusqu’à maintenant c’est le monde et il y a tant de monde dans le monde, de plus en plus, on voudrait tirer des cordelettes et faire des nœuds, un nœud par anecdote, et raconter le monde comme ça, en tirant sur ces petites cordes. »
Jean-Christophe Bailly
« Accident dans la méthode », in l’Élargissement du poème
Christian Bourgois, « Détroits », 2015 (p. 25-26)
dimanche 22 décembre 2024
lundi 16 décembre 2024
lundi 9 décembre 2024
langage-t’engage (ou Ce que les mots lui disent)
Francis Bacon, Portrait de Michel Leiris (1976)
•
La ligne à écrire, à la fois horizon que je dois fixer, corde raide sur laquelle il me faudra marcher et câble à quoi m’agripper pour ne pas me noyer.
Michel Leiris, 29 mars 1976, Journal
jeudi 5 décembre 2024
mercredi 27 novembre 2024
mercredi 20 novembre 2024
vendredi 15 novembre 2024
mercredi 6 novembre 2024
clôture
[…] et je n’exagère pas si j’affirme que mon histoire a commencé là, que c’est à partir de ce désamour que j’ai ébauché la Grande Idée selon laquelle, si cela ne tenait qu’à nous, nous chasserions les lecteurs de la bibliothèque comme on chasse les porcs d’une bijouterie, car les bijouteries sont remplis de porcs, et vous devez prendre cela au pied de la lettre, mais bon, je vous expliquerai pourquoi plus tard, le fait est que nous ne devrions laisser personne s’approcher des livres, les livres devraient rester, tel était notre rêve, à leur place, soigneusement rangés, et ainsi nous pourrions créer, pour poursuivre mon rêve, un Paradis du Savoir que rien ne viendrait troubler, non, pas seulement du savoir mais de tout ce qui s’y rapporte, et dont nous, les bibliothécaires, qui n’en sommes pas les auteurs, serions chargés d’assurer la protection, d’un côté il y aurait donc les lecteurs, je parle toujours de mon rêve, qui tenteraient chaque jour de pénétrer à l’intérieur de la bibliothèque, avec l’intention d’y consulter des ouvrages sur place, ou carrément de les emprunter, mais ne pourraient ni entrer, ni consulter, ni carrément emprunter puisque, de l’autre côté, les bibliothèques seraient FERMÉES, et définitivement, les livres seraient non dérangés, non lus, oh, dieux du ciel, c’était si beau, ne serait-ce que de l’imaginer […]
Petits Travaux pour un palais
« Pénétrer la folie des autres »
László Krasznahorkai
traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly
Cambourakis
112 p., 2024
[p. 18-19]
mardi 29 octobre 2024
coup de chaud
N’est-ce pas des Indes que Raymond Roussel envoya un radiateur
électrique à une amie qui lui demandait un souvenir rare de là-bas ?
Roger Vitrac, « Raymond Roussel »
lundi 21 octobre 2024
jumeaux dizygotes
L’énorme villa est nichée au milieu d’un vaste parc à l’épaisse végétation, situation idoine pour l’ermite Roussel. Et on sait les subterfuges qu’il est prêt à utiliser (valet sosie) pour se protéger. À ce sujet, Philippe Soupault rapporte que Roussel ne répond bien sûr jamais lui-même au téléphone, il en a « une sainte horreur ». Son valet a donc pour instruction de répondre systématiquement que son maître est en voyage. Mais Soupault prétend qu’un mot de passe permet aux rares initiés de passer outre ce barrage, qui consiste à demander alors : « Mais est-il au Dahomey ou au Mozambique ? », ce à quoi le valet répond invariablement : « Ne quittez pas, je vais voir s’il n’est pas revenu. »
[p. 280]
vendredi 11 octobre 2024
samedi 5 octobre 2024
Burl/Guignol-esque
Tout va pour le mieux au restaurant Drouant, une matinée de début novembre — en une époque troublée par le mouvement des Gilets jaunes, mais encore ignorante du « virus de Wuhan » —, lors de l’attribution du prix Goncourt et du prix Renaudot, jusqu’à ce qu’un duo d’espiègles, Virginie et Frédéric, empoisonne à leur insu les deux jurys avec des gouttes de LSD.
La suite n’est pas dicible en prose...
* * *
« Abuse pas des gouttes, Vicky !
» Nous refais pas un Pont-Saint-Esprit !
» C’est arme de psychose massive,
» Qui le cerveau calcine et lessive,
» Que ta main tient d’une aise excessive...
— T’inquiète ! On est gendelettre, non ?
» Donc on est géomètre. L’ogive
» Et la divine proportion,
» C’est mon dada ; note ma dérive :
» Par pélo une goutte environ,
» Cinq gouttes donc dans la cafetière...
» Pareillement pour cette théière...
» Voilà ! Remue avec la cuillère,
» Que le LSD s’infuse à l’eau...
» Je me charge de l’autre plateau.
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Wisielec, L’Automne ou le Sac de Rome
Vaudeville punk en 3 actes et 1 527 ennéasyllabes
Æthalidès, coll. « Freaks »
180 p. ; 19 € (extrait : strophe 46, Acte I, scène 5)