vendredi 7 janvier 2011

sur « Le Quattro Volte », de Michelangelo Frammartino.

Dans le cadre des Vases communicants — il  s’agit, vous l’aviez déjà deviné, d’un échange de bons procédés : tu viens chez moi, je viens chez toi —initiative qui concerne quelques dizaines de blogs chaque premier vendredi de chaque mois,  pendant le week-end inviterait à une « U-chronique », tandis que barbOtages accueille avec cran (crâne, écran) Piero Cohen-Hadria.
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Monica et Michelangelo, Guiletta et Federico, Fanny et François, Catherine et Marcello, Christa et Sam — mes amis —, Stéphane et Claude, tant d’autres couples, tant d’autres films, Gena et John, Sharon et Roman, Anny et Bernard, tant d’autres « fois » aussi.
Ici, on n’en verra que quatre : le chevrier, le chevreau, l’arbre et le bois.


Quatre fois de la vie à la mort. À la vie à la mort.
Des transformations, des passages, certainement pas des fins, ni des buts.
Ce n’est pas que l’amour soit tellement en deçà de ce film, ou alors que l’humanité n’y tienne place, ou que les scènes de lit… C’est au lit que l’homme-la femme- meurt. Des escargots qui font tomber une pierre qui sert de frein à un camion qu’un chien (un chien, le premier rôle d’un plan-séquence composé de quatre panoramiques à 180 degrés, en plongée, il s’appelle Bouk, paraît-il) fait dégringoler sur une barrière qui libèrera les chèvres, tandis que les hommes érigent, au loin, une croix qui représente, mime ou singe, je ne sais pas, un fait de l’histoire, probablement, sans doute, peut-être (22 prises, dit Michelangelo Frammartino, le réalisateur). Au début de ce plan, deux légionnaires en habit pourpre sortent du petit camion (lequel sert, en temps normal, à livrer du charbon de bois aux habitants de ce petit village, où vécut, donc, le pasteur-chevrier qui, durant le plan, sans doute, probablement, passe de vie à trépas).


Non, l’amour y est : celui des hommes pour les bêtes, pour la nature, pour ces transformations qui ne sont que la vie elle-même. Ou alors la mort. Des images, pas de dialogue, du temps, enfin ici, du temps pour penser notre condition, la leur dans cette Calabre magnifique.


Le temps qui passe, la poussière qui soigne, le sapin qu’on abat pour l’ériger à nouveau, l’homme qui y grimpe, la dureté de l’existence et des ciels, la fumée, la récolte, la naissance et les sous-bois, toutes choses qui indiquent que non, jamais, nulle part, l’amour (ou la mort), part de notre nature, jamais, nulle part, personne ne parviendra à le (la) faire taire. C’est là, ce n’est pas dit, c’est juste montré. 


textes/images : Pierre Cohen-Hadria


4 commentaires:

brigetoun a dit…

Ah si, vous ai trouvé, et vous remercie pour la clarté que vous projetez sur ce film

Gilbert Pinna, le blog graphique a dit…

"la poussière qui soigne", et ces humeurs de bois humides qui colmatent nos gerçures.

D. Hasselmann a dit…

Les mots peuvent être aussi des photogrammes : ta caméra "ordinale" a su les choisir et donne envie d'aller dans la salle obscure les lire, les découvrir.

Pas de palabres en Calabre, l'image parle, dirait-on !

Anonyme a dit…

Ah, assister à l'égarement du chevreau, bêlant tragiquement sa solitude dans la forêt, et le voir se réfugier tout tremblant, la nuit tombante, sous le grand arbre promis au sacrifice, c'est à pleurer.