vendredi 15 septembre 2017

MERZ ou DADA ?


Tristan Tzara / Kurt Schwitters

(coordonnés par Henri Béhar & Patrick Beurard-Valdoye)




dimanche 10 septembre 2017

bouche tache

Une mouche sur mon nez. Il me faut loucher pour la voir. La voilà maintenant sur ma joue. J’aime le contact de ses petites pattes. Elle se demande peut-être si je suis bon, c’est-à-dire si je suis mort.

Roger Rudigoz
Le Fauteuil vert



mouche : minuscule memento mori

mercredi 30 août 2017

fais-moi un signe

Quoique en piteux état, Fat alla ouvrir lui-même lorsque le livreur de la pharmacie frappa à la porte. Il se retrouva nez à nez avec une jeune femme aux cheveux sombres qui lui tendit un petit sac noir contenant le Darvon N. Malgré sa souffrance extrême, Fat oublia les cachets car toute son attention se trouva retenue par le collier doré qui brillait sur la gorge de la fille. Il ne pouvait en détacher ses yeux. Ivre de douleur (et de penthotal), épuisé par l’épreuve qu’il venait de subir, il parvint néanmoins à demander à la fille ce que représentait le motif doré sur le devant du collier. C’était un profil de poisson. 
La fille toucha le poisson d’un doigt mince et dit : « C’est un symbole qu’utilisaient les premiers chrétiens. »

Philip K. Dick
Siva (La Trilogie divine, I)
traduit de l’américain par Robert Louit
(page 161)



samedi 26 août 2017

mardi 22 août 2017

X V I I I

C’est délicieux, cette fantaisie, ce droit de divaguer, broder, la légèreté, laissez-moi rêver. 
Aydée, Nassès, Zâdis, Zéphis, Almaïs, Modès, Arabie, Zadig, zéphyrs, turqueries et turcomanie.
Rococo, chinoiseries, jeux d’enfants.

Un peu de Crébillon, quelques phrases, un sofa rose et l’on se perd. Mazulhim, Zulica, Zéïnis, Phéléas. Pagode de Chanteloup, Tente tartare du Désert de Retz.

Voyez cette vogue dix-huitième des petits objets, tabatières, bonbonnières, fanfioles, miniatures, breloques ; ajoutez-y celle des contes de fées et des noms en z, Zaïre, Zéphyr, et ces Zélide et Ziziphile des Bijoux indiscrets ; ajoutez-y encore le zézaiement, une mode : on prononce zoli ou pizeon, Mme du Barry y excellait, c’était un charme de plus avec sa façon enfantine de rire du roi : La France, comme elle l’appelait, La France, ton café fout le camp. 
Encore ce petit zézaiement au guichet de la Conciergerie quand elle dictait la liste des objets enterrés à Louveciennes, les coupes en zaspe sanguin, la boîte en écaille avec un portrait de relizieuze et toutes ces petites chozes d’arzent cachées dans la granze avec les outils de zardinaze. 
Où ai-je lu cette histoire de zézaiement ? 
Et que Law se prononçait Las, Warens Ouaran, et Watteau Ouatteau ?

Marianne Alphant
Ces choses-là

(108-109 et 126, P.O.L, 2013)

jeudi 17 août 2017

en tiss(ip)ant



C’est bizarre mais, en termes de représentations, je perçois le monde comme tissé en permanence par une espèce d’araignée — d’ailleurs, je l’ai vue à l’œuvre, la tisserande, et j’ai vu le monde comme étant sa création. Le voile de Maya n’est-il pas, pour les brahmanes, tissé (par Kâli) ? Et il y a là-dedans du faux-semblant, du leurre (ou de l’illusion). Nous sommes pris dans la toile. Prisonnier d’elle, en ignorant complètement qu’elle est artificielle, fabriquée (et sans avoir conscience de la tisserande qui se meut furieusement — qui, en permanence, tisse et organise). Considérer l’ensemble (c.-à-d. le monde) comme authentiquement réel, ce serait comme tenir pour réels une image, une émission de télé et le contenu narratif associé. ça aussi c’est tramé — par un point en déplacement rapide et constant. Et ce que trame le point est fictif.

Philip K. Dick
L’Exégèse
traduit par Hélène Collon
Nouveaux Millénaire/J’ai lu, 2016
(vol. 1, p. 462-463, classeur n° 50 : janvier 1978)


samedi 12 août 2017

vendredi 28 juillet 2017

Je me le rappelle


Magazine littéraire, n° 133 (« Faulkner »)
février 1978 (p. 54, publicité quart de page)

dimanche 16 juillet 2017

élargissements


                                                     Juliette S.

Merci infiniment aux « lycéens de i-voix »
pour leurs quelque quatre-vingts détournements,
prolongations, prélèvements, appropriations
transformations.

(17 novembre 2016 - 18 juin 2017)



vendredi 14 juillet 2017

vendredi 7 juillet 2017

lundi 3 juillet 2017

théorie de l'évolution


Si le but ultime de l’homme avait été la recherche du bonheur, il se serait arrêté au poisson — voire avant.

jack barbeau

jeudi 29 juin 2017

poiscaille

Si les hommes avaient mis le bonheur au-dessus de tout, ils seraient restés poissons ou même moins.

Pierre Albert-Birot 

lundi 19 juin 2017

Broodthaers, Marcel


[…]
Il ne vient pas de rien, il a lu la poésie, il a vu la peinture, il a savouré la philosophie. Ses maîtres immédiats, ceux avec qui il dialogue, sont Marcel Duchamp et René Magritte, si différent qu’il puisse être d’eux pour finir ; son plus proche camarade est Joseph Beuys. Il est surtout lui-même, ni vraiment Pop, sauf en passant, ni totalement voué à la matière, si ce n’est en riant, ni franchement minimaliste, ou alors fugitivement, ni aveuglément conceptuel ni purement néo-Dada, ni délibérément Fluxus. Il est tout cela et beaucoup plus encore, il renvoie toute posture trop affichée à de la pacotille, il est un créateur d’espace, il a du reste rendu la poésie à l’espace, il est le visiteur le plus enivrant de la postmodernité. 
[…]
par Yves Peyré
En attendant Nadaud, n° 34



& ici
&

vendredi 16 juin 2017

b i b i s m e

nom masculin

« Le Bibisme était une sorte de Dada avant la lettre. Il affirmait le goût du baroque et du primitif. Il chérissait les arts sauvages et ces formes d’art populaire qui s’expriment par des fantaisies sur peluche, coffrets en coquillages, cartes postales à surprises, tableaux en timbres-poste, constructions en bouchons, etc. »
Les Nouvelles littéraires, Adrienne Monnier, 26 avril 1930


Raymonde Linossier

avocate, défenderesse des prostituées, orientaliste liée au groupe du musée Guimet, fonds Tibet, immense amie de Francis Poulenc — surnommée « la Violette noire » par Léon-Paul Fargue —, un temps dactylographe de certaines pages d’Ulysse,

est l’auteure, disparue à l’âge de 33 ans, du « plus court roman du monde», intitulé Bibi-la-Bibiste, publié en 1918 (édition originale limitée à 50 exemplaires numérotés sur simili Japon, Imprimerie Birault), soit trente lignes environ divisées en cinq chapitres, admiré par Ezra Pound qui le fit reproduire dans The Little Review.

Elle écrivait sous ce nom de plume : « les sœurs X ».


« Avec une fougue de jeune sauvage, elle approuvait le Manifeste Dada 1918. Boumboum, boumboum, boumboum. »
Adrienne Monnier, Rue de l’Odéon



mercredi 14 juin 2017

c r a c


Raymond Hains (1926-2005)
[de la série SEITA / SAFFA]

lundi 12 juin 2017

numéro seize



XVI

Brisée à coup de hache l’eau imprimée
À fleurs couvre maintenant les épaules les hanches
Comme l'image dans l'œil noué de
Reflets de casseroles mais ce n'est qu’
Elle-même se rafraîchissant le regard tandis que
Je me rince le néant contre un mur
Blanc ce phénomène s’examine en rêve sans
Laisser tomber de gouttes sur la moindre surface.


XVII

Divine exactitude : au cinéma plus près de celle
Qui s’éloigne en courbe en pleurs puis
Un petit grincement vulgaire comme nuée du matin
J'ai crié sans peine tel un chameau
Condamné à une ode perçant son cœur mort
Sablé d’amant en crachin jusqu’au soir
Cœur encore hanté par l’étroite crainte de
S’exposer sous des voûtes prêtes à gronder.





jeudi 8 juin 2017

mardi 6 juin 2017

Pommes frites


Amer
« revue finissante »
# septième service #
« Bouffe, gastrosophie littéraire »
MMXVI
352 pages
« revue finiséculaire ventrue rédigée à grands coups de fourchette en Palatinolinotype,
imprimée loin des baraques à frites et éditée par les Âmes d’Atala / copyleft »

[ quatrième de couverture ]


lundi 5 juin 2017

mercredi 31 mai 2017

rebetiko



XII

Je mangeais une banane sur la dune aux Outrages. Seul. 
J’avais pris mon paratonnerre préhistorique, trouvé
dans un surplus de l’Est.
C’était un temps où j’avais encore le regain nécessaire
pour me mouvoir en période de ponte.
Sur ma carapace on inscrit maintenant des graffitis.


***
Guillaume Decourt 
Le Cargo de Rébétika
LansKine, 2017
(56 pages, 12 € [p. 22])


jeudi 25 mai 2017

E. E. D.



« Jay Leyda nous indique que Dickinson avait marqué le passage suivant dans l’édition en huit volumes des Comédies, pièces historiques, tragédies et poèmes de William Shakespeare, établie par Charles Knight et que possédait sa famille :

Si l’homme que l’on vole n’a pas l’usage de l’objet dérobé,
Qu’il n’en sache rien, et on ne lui aura rien volé. 
Shakespeare, Othello, III, iii 

« Usant d’exagérations, d’abréviations, de distorsions, d’amplifications, de soustractions, d’énigmes, d’interrogations, de réécritures, elle tira des textes d’autres textes. »


Susan Howe
Mon Emily Dickinson
traduction et postface d’Antoine Cazé
(2017, 264 p., 22 € [p. 61])

mardi 23 mai 2017

lu mière



« J’ai lu chez Schopenhauer qu’on pouvait lire à s’en rendre idiot, comme on peut trop manger et s’empiffrer, on pourrait aussi trop lire et en perdre la capacité de penser par soi-même. J’ai peur qu’il ait raison. »

Entre guillemets et en italique, article du Monde des livres du vendredi 3 janvier 2014, p. 10, de Florence Noiville, envoyée spéciale à Berlin, « Je déteste les romans normaux », rencontre avec Matthias Zschokke, pour l’édition de Courriers de Berlin, de Matthias Zschokke, traduit de l’allemand (Suisse) par Isabelle Rüf, Zoé, 960 p., 25,90 €.

mardi 9 mai 2017

du sang des bêtes


Le Sang des bêtes

(Georges Franju, 1949 — photogramme)



dimanche 7 mai 2017

tao

Racine-du-ciel se promenait dans le domaine de la Grande-Lumière, parvint à l’eau profonde où elle rencontra Homme-sans-nom. Elle lui demanda :
« Comment peut-on gouverner les hommes ? »
— Va-t’en, ignorante ! répondit Homme-sans-nom. Ta question manque d’a-propos. Je contemple le secret de la création. Quand ma curiosité sera satisfaite, j’enfourcherai l’oiseau immense pour m’évader de l’Univers et errer librement au pays du néant et de l’infini. Comment veux-tu que je m’intéresse au gouvernement des hommes ?
Racine-du-ciel insista.
— Applique toi au détachement, répondit Homme-sans-nom. Concentre-toi dans le silence, conformément à la nature des êtres, sois sans égoïsme. Alors les hommes seront en paix.

Tchouang-tseu
Œuvres complètes, Gallimard/Unesco
« Folio essais », n° 556
traduit du chinois par Liou Kia-hway (p. 102)

jeudi 4 mai 2017

kabbale phonétique

le mercredi 3 mai 2017, à 20.59

à Jean-Claude Mattrat, je maile :


avec 

BARBAUT

j’écris

B.-a. ba : rut !

      *   *   *

le lendemain, à 8.44

« après une longue nuit de sommeil »

J.-Cl. M. me répond :


avec

BARBAUT

j’écris

A.T.U.A.R.B.B.

(— Ah t’es eu ! Aère, bébé !)


mardi 2 mai 2017

papivore


Napoléon, Abel Gance (photogrammes)
Jean d’Yd (Charles de La Bussière)

vendredi 21 avril 2017

pose



Malick Sidibé (Mali, 1936-2016)

jeudi 13 avril 2017

O



— Veut-on des chants nègres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau ? Veut-on ?

Une saison en enfer
« Nuit de l’enfer »



mardi 4 avril 2017

Cet « Entre » sera mon antre



Entre

Un rêve dans lequel il est non seulement légitime mais crucial de ne pas confondre (blanc) et « blanc »,
écrit Jean Frémon dans « De l’usage des guillemets et parenthèses », recueilli dans Gloire des formes (2005).

Je m’en aperçois aussitôt : Il n’y a aucun usage, emploi ou apparition des guillemets et des parenthèses dans Entre, de Philippe Jaffeux.

Pour la première fois très explicitement je pense :
« Voici une œuvre tout entière écrite sans la moindre évocation, profération, caution, exergue, chapeau, abri — nulle citation — d’un nom propre quelconque. »

Avec — de plus, mais ce plus qui serait un « moins » — un vocabulaire (ou stock de mots « élémentaires ») et une syntaxe limités mais incessamment, infiniment, combinés, rebattus, distribués

et

Du livre écrit à deux mains, signé André Breton et Paul Eluard, L’Immaculée Conception, élaboré en quinze jours en août 1930, au 42 de la rue Fontaine, « objet littéraire non identifié, fascinant et énigmatique », dont la phrase d’exergue est :

Prenons le Boulevard Bonne-Nouvelle et montrons-le.

Il s’agit du premier paragraphe du chapitre intitulé « Le jugement originel » :

Ne lis pas. Regarde les figures blanches que dessinent les intervalles séparant les mots de plusieurs lignes des livres et inspire-t’en.


— Inspire-t’en.

Je lis, puisque je dois entrer au hasart

Ton imagination est touchée par les états d’une solitude disproportionnée
L’alphabet incorpore le caractère d’une recherche qui façonne notre combat
[…]

Et cætera, etc.

******

Entre, Philippe Jaffeux
LansKine, 2017 (72 p., 12 €)

*******




jeudi 30 mars 2017

...



Ehen, hen, hen. Mna dies, Monsieur, mna dies. […] Hen, hen, hasch. […] Ha, ha ! Il n’a paire de chausses qui veut. […] Hen, hen, ehen, hasch. Cza, je vous prouve que me les doivez bailler. […] Parisius habet clochas. Ergo gluc. Ha, ha, ha ! C’est parlé cela ! […] Hen, hasch, ehasch, grenhenhasch ! […] Jusques à ce que nous les ayez rendues, nous ne cesserons de crier après vous comme un aveugle qui a perdu son bâton, de braisler comme un âne sans croupière, et de bramer comme une vache sans cymbales.

« La harangue de Maistre Janotus de Bragmardo faite à Gargantua pour recouvrer les cloches. » 
Chapitre XVIII.

La Vie inestimable du grand Gargantua, père de Pantagruel 
M. D. XXXV.
On les vend à Lyon, chés François Juste, devant Nostre Dame de Confort

jeudi 23 mars 2017

V


Eugène Atget
Rue de l’Echaudé / rue de Seine, Paris


Berenice Abbott
Flatiron Building, New York, 1938

*   *   *

« En 1928, Berenice Abbott, photographe américaine, achète, par l’intermédiaire d’André Calmettes, chargé de régler la succession d’Eugène Atget, quelque 1 500 négatifs et 10 000 tirages regroupés dans des albums qui restaient dans son atelier, et les emporte à New York ; elle a consacreé quarante années à faire connaître cette œuvre qui exerça une grande influence sur des photographes américains comme Walker Evans et Lee Friedlander. En 1968, elle vend sa collection au Museum of Modern Art de New York. »


lundi 20 mars 2017

Eugène Atget (1857-1927)

(plus ou moins sépia)



« Intérieurs parisiens au début du XXsiècle, artistiques, pittoresques et bourgeois
Documents pour artistes
Paris d’autrefois
… la belle architecture du XVIe au XIXe siècle : les vieux hôtels,
maisons historiques ou curieuses, les belles façades,
belles portes, belles boiseries, les heurtoirs,
les vieilles fontaines,
les escaliers de style... »