jeudi 2 avril 2020

La Peste écarlate


Jack London (1912)




traduit de l’anglais par Paul Gruyer et Louis Postif

Editions G. Crès et Cie (1924)

(excipit)

mardi 31 mars 2020

en relief



(série « À table avec le Caravage »)

dimanche 29 mars 2020

papyrornithologie

Cocotologie se compose du mot français cocotte, « petit oiseau en papier », et du mot grec logie, de logos, « discours ». En français, la cocotte appartient au langage des enfants ; au sens propre et direct, le mot s’applique à la volaille et, par extension, à tous les oiseaux ; au sens métaphorique, il s’applique aux cocottes en papier et aux filles de joie. Ici, je devrai développer une comparaison entre les filles de joie et les cocottes, fragiles par nature les unes et les autres.


Observez la perfection avec laquelle la cocotte pose ses pieds à terre et se tient debout ; remarquez qu’elle entretient le moins de contact possible avec le sol et ne le touche que sur les trois points nécessaires pour se maintenir en équilibre stable ; dites-moi s’il ne s’agit pas là d’une nouvelle et mirifique perfection de son être, une perfection qui l’élève au-dessus de tant de plantigrades humains qui ont besoin de toucher le sol autant qu’ils le peuvent couvrir. La cocotte est un être tripode, et la cocotte parfaite, la cocotte archétype ou idéale, ne devra toucher le sol que sur trois points géométriques, trois points purs, déterminants, d’un plan rigoureux. 


Chez le mâle parfait (comme le montre la fig. 4), la pomme d’Adam forme une protubérance triangulaire dont l’extrémité se situe aux trois quarts de la ligne qui va de la pointe du pied à celle du bec. De cette pointe, une autre ligne va jusqu’à la moitié du cou. En revanche, chez la femelle parfaite (fig. 3) apparaît une gorge trapézoïdale dont l’angle libre, également situé aux trois quarts de la ligne susnommée, trace une ligne vers le sommet de la tête. On voit donc que chez le mâle, c’est le cou qui commande la pomme d’Adam, tandis que chez la femelle c’est le sommet de la tête qui commande la gorge d’Eve. Je laisse aux mystiques et aux humoristes − qui ne sont qu’un − le soin de passer au crible, ordonner, perquisitionner et réquisitionner ce symbolisme. Le sérieux notoire de la recherche scientifique ne me permet pas de me laisser distraire par cela.


Il va sans dire qu’aucun être studieux ne se contentera de méditer sur ces figures, il doit prendre un papier, le plier et faire, comme dans un séminaire ou un laboratoire de recherche scientifique, sa propre expérience, car le pire pour la science serait d’être réduite à un exercice de mémoire ou de littérature.


———————

Miguel de Unanumo (1864-1936), Apuntes para un tratado de cocotología

La Cocotologie. Notes pour un traité, traduit de l’espagnol par Emma H. Clouard, Ed. Self, 1946
Traité de cocotologie, trad. Sylvie Coudel, présenté par Fernando Arrabal, Ed. de Paris, 1994



mardi 24 mars 2020

Janus bifrons


Erik Dietman
(1937, Suède - 2002, France)

lundi 23 mars 2020

cAnArdAges


Un Jardin Ecosystème (FB)


Nicolas Portnoi / Paris Match


signé Didier Deux-Coins

vendredi 20 mars 2020

premiers de cordée


Glen Baxter

(Libération, jeudi 13 février 1997)

jeudi 19 mars 2020

détails


Jan Van Eyck
(vers 1390-1441)




• Retable dit « de l’Agneau mystique », Gand 

________

• La Vierge au chanoine Van der Paele, Bruges


sources : 
Closer to Van Eyck: Rediscovering the Ghent Altarpiece

lundi 16 mars 2020

crise sanitaire (2)


Grégoire Solotareff

Libération, jeudi 28 mai 2015

jeudi 12 mars 2020

crise sanitaire


« Docteur Piqûre », Grégoire Solotareff

Libération, jeudi 29 novembre 1990

dimanche 1 mars 2020

des stratagèmes


« Je ne regrette pas les orgies de livres. Je me sens comme au temps de la gestation de Masse et Puissance. A l’époque déjà, tout passait par l’aventure avec les livres. Lorsque je n’avais pas d’argent, à Vienne, je dépensais en livres tout l’argent que je n’avais pas. Même à Londres, au temps des vaches maigres, je réussissais encore, de temps à autre, à acheter des livres. Je n’ai jamais appris quelque chose de façon systématique, comme d’autres gens, mais uniquement dans la fièvre soudaine de l’émotion. Le déclenchement se produisait toujours de la même manière, à savoir que mon regard tombait sur un livre, et il me le fallait. Le geste consistant à s’en saisir, le plaisir de flamber son avoir, d’emporter le livre à la maison ou dans le café le plus proche, de le contempler, le caresser, le feuilleter, le mettre de côté, de le redécouvrir le moment venu, parfois des années plus tard — tout cela fait partie d’un processus créatif dont les rouages cachés m’échappent. Mais cela ne se passe jamais autrement chez moi et il me faudra donc acheter des livres jusqu’à mon dernier souffle, en particulier lorsqu’il m’apparaîtra que je ne les lirai sans doute jamais.
« Vraisemblablement est-ce encore là une manière de défier la mort. Je ne veux pas savoir lesquels, parmi ces livres, ne seront jamais lus. Leur sort, à cet égard, demeurera incertain jusqu’à la fin. J’ai la liberté du choix : parmi tous les livres qui m’entourent je puis, à tout moment, choisir librement, et le cours même de la vie, de ce fait, repose en ma main. »
(1973)

« Quelqu’un remet à plus tard, d’année en année, ses ouvrages les plus importants. Il sait qu’il ne peut pas mourir avant de les avoir livrés mais, contre la mort, il n’est ruse qui ne lui paraisse licite. »
(1969)

Elias Canetti
Le Livre contre la mort (Das Buch gegen den Tod)
Albin Michel, 2018



lundi 17 février 2020

Lacan, encore


« Puisqu’il y en a ici quelques-uns qui ont autrefois lu Poe, vous devez savoir qu’il y a un ministre dans le coup, celui qui a barboté la lettre. Il est clair que c’est uniquement en fonction de cette circulation de la lettre que le ministre nous montre, au cours du déplacement de ladite lettre, des variations, tel [tel] ses variations de couleur le poisson courant. »



[ 2006, p. 102

« D’une fonction à ne pas écrire », 17 mars 1971 ]

Non pas calant

jeudi 13 février 2020

*


Claire Bretécher
(1940-2020)

samedi 8 février 2020

Sur un cheval


Pour moi, le choix est encore impossible entre Dieu et l’Evolution, entre le plein et l’atome. Tout ce que je regarde est de plus en plus hanté par l’atome. C’est-à-dire que la « beauté » elle-même m’est de plus en plus interdite, en ce sens que dans toute chose, tout événement devant moi, paysage, corps, « ciel », etc., je vois immédiatement sa désintégration, son inexistence en somme ; et comment aimer humainement corps humain, esprit de ce corps, cœur de ce corps, quand, en quelques secondes, sa forme en quelque sorte disparaît, pour vous, dans l’abondance infinie de sa composition atomique ? Comment à plus forte raison y trouver de la beauté ? Mais il faut admirer, aimer et donc vivre malgré tout en connaissance de cause ; et n’est-ce pas au fond ce que l’art dans son ensemble universel nous apprend chaque fois ?

Pierre Guyotat (1940-2020), entretien avec Marianne Alphant (14-15 juillet 2000), le Cahier du refuge, cipM, sept. 2000, p. 35 (repris dans Divers, Les Belles Lettres, 2019, p. 199)



jeudi 6 février 2020

vécu


M. Sinet est le secrétaire-qui-fait-le-jour. […]

À son travail, M. Sinet n’est jamais saoul. Il est simplement plus ou moins rouge, avec une haleine plus ou moins à l’alcool, à la bière ou au vin, suivant ce qu’il a trouvé, quand il vient de dire : 
— Eh ! petit ! guette une minute ; je reviens.

Crac ! Il tombe à M. Sinet une grosse enveloppe. Un raz-de-marée. Des milliers de morts ! Quelle catastrophe ! Pour vous, peut-être. Pour M. Sinet, c’est une vague copie qui le submerge ; c’est du français d’Agence à redresser ; et ces milliers de morts, peut-être bien qu’en s’arrangeant il pourra en tirer quelque joli sous-titre.

André Baillon
Par fil spécial. Carnet d’un secrétaire de rédaction.
(1924 ; 2020, avec une préface, « La prise d’Homsk », d’Eric Dussert, Héros-Limite, Genève)

mardi 4 février 2020

GP / PG



Georges Perec dans le train entre Paris et Lyon, 1978
photographie de Bernard Plossu
Album Georges Perec, par Claude Burgelin
Nrf / Gallimard / La Pléiade
2017 (cinquante-sixième album)
p. 190-191

dimanche 2 février 2020

À dada ! À dada !


[…]

Écru, pur, ce
lit a-t-il
été
sali ? Las !
Pardon, ô drap !


Guillaume Pô
illustr. Fabius Lorenzi
16 p., chez l’auteur

lundi 27 janvier 2020

Retour à l’envoyeur




Entre « la tarte de l’art pour l’art », « la tarte de sidération partagée », « la tarte tombée pour rien » et « la tarte pour avoir le dernier mot »…

Evitant « le conflit du paris-brest contre une omoplate » (puisque le film a fait un four),

Pierre Senges — arbitre des élégances, maître de ballet — saute du coq à l’âne

— « le coq est Søren Kierkegaard, l’âne Kiki de Montparnasse » —

sans en passer par Deleuze, Gilles — « Qu’est-ce qu’un visage ? Système mur blanc / trous noirs », de mémoire —, le contournant adroitement, ni même par une certaine « gazette bimestrielle d’orthographe et de poésie » souvenir, souvenirs…

Il fait se confronter — face à face

— ou, à ma droite :

Stan Laurel, gagman de Californie (épaulé — épaulé-jeté — par Hardy), 

armé de sa déclaration about La Bataille du siècle (The Battle of the Century, court-métrage, 1927), dont une bobine — le film en rouleau, non le visage, la binette, la bouille — manquerait,

échos du burlesque, « quand il a été inventé, quelques années après le filament et le téléphone », le plus long attentat pâtissier — un record du temps du muet (ou dix minutes d’entartrages, entre peaux de banane et courses-poursuites, sur pellicule), et non sans le renfort salarié de cohortes d’« assignateurs de significations » (les descendants des herméneutes et des exégètes) expressément engagés :

« On a voulu faire en sorte que chaque tarte ait un sens. »

   — et, à ma gauche :

Angelus Silesius, plus léger que la plus légère — des crèmes 

ravi de la crèche, mystique allemand contemplatif

équipé de cet extrait (distique) du Pèlerin chérubinique (1657), un recueil de 1 676 poèmes courts (souvent des alexandrins), soutenu par des hordes de moniales, de solitaires de couvent, une infanterie de pères de l’Eglise, férus de Bible et de sacré :

« La rose est sans pourquoi [ohne warum]. Elle fleurit parce qu’elle fleurit.
Ne prend soin d’elle. Ne demande pas : suis-je regardée ? »

Les deux sœurs McKensie, de la Los Angeles Cream Pie Company (un empire : grandeur et décadence), vont régler les assauts — d’amabilités — de ce débat subtil, néanmoins carabiné, légèrement chicaneur, spéculatif.

On y verra passer — de cour à jardin — quelques considérations renversantes (« on ne le dira jamais assez : recevoir une tarte en pleine figure demande de savoir viser »), « des tartes de vaudeville côtoyant des tartes compréhensibles seulement d’un point de vue shintoïste * » et — de fond en comble — les hauts paniers de la théologie, le Monastère des Noms infusés dans l’Eau Chaude, « les membres d’un chœur d’Aristophane déguisés en hippopotames ou en docteurs de la foi », la lévitation en tulles & l’invention de la crème Chantilly (bulles, air, bulles d’air…) rococo par le surintendant des Finances Nicolas Fouquet au fin fond de sa cellule de prison, « l’iconographie du chou depuis Nicolas Poussin (du chou expressionniste, du chou chez Eisenstein…) » (je n’invente rien, je me contente de citer **), « des ouvrages de six volumes et douze mille pages au sujet d’un seul zeste de citron »…

Produit par Hollywood (Universal ou Warner Bros). Illustré par Bretzel et Bretelle. Avec, outre les figurants ne figurant que pour leurs figures (au sens propre), leurs faces éphémères de lune enfarinée, Giordano Bruno, Rodolphe Töpffer, le docteur Caligari, John Ford, Marlene Dietrich, les frères Marx, Wittengstein et Heidegger..., et la participation exceptionnelle de Jean-Jacques Rousseau (parvenu jusqu’ici en passant par on ne sait quel soupirail), Buster Keaton, Rudolph Valentino et Henri Bergson (la crème fouettée claquée sur du vivant).

_________________
« Encore faut-il que ça existe. » (NdPS) 
** «  Si j’ai bien compris à force de l’entendre répéter, il n’existe que des copies, l’original est toujours la copie d’autre chose. » (id.)


————————
Pierre Senges, Projectiles au sens propre
Verticales, 2020, 168 pages, 16,50 euros

(publié sur Sitaudis le 16 janvier)

samedi 18 janvier 2020

vendredi 10 janvier 2020

« toute écriture est l'histoire d'un nom »

un sondage d’opinion

Tandis que paraîtra au dernier trimestre de cette année un nouveau titre, un nouveau livre, aux éditions Nous, le quatrième — après A As Anything, Anthologie de la lettre A ; 1960, Chronique d’une année exemplaire et H ! Hache ! Hasch ! Hallucinations de la lettre H —, pour la fabrication duquel la commission Poésie du CNL a (à nouveau) refusé la subvention à l’éditeur — preuve que mon livre n’en est pas (de la poésie) —, et que d’ordinaire les titres me sont venus en premier, parfois même en furent les déclencheurs…
Pour une fois, j’hésite entre plusieurs titres — ou je n’ai pas encore décidé.

Ce livre d’un peu plus de deux cents pages — dont « Petit Traité d’onomastique amusante » pourrait être le sous-titre — traite, essentiellement sous la forme de prélèvements, de la question du nom propre, du prénom, de l’anthroponyme, du nom de famille, des noms de scène, de plume ou d’artiste, du pseudonyme…

— Alors ?…

C’est du propre

Au propre

Proprement dit

Des noms

— autres ?…


(toute contribution bienvenue) 

mercredi 8 janvier 2020

K.


Libération, « Crumb dessine Kafka » (détail), jeudi 20 octobre 1994


Le Monde, Patrick Kéchichian, vendredi 3 juin 2005

« Le Procès et Le Château sont des histoires où il s’agit d’expédier une affaire : se dégager d’une procédure pénale, obtenir la confirmation d’une nomination. Le point autour duquel tout tourne est toujours l’élection, le mystère de l’élection, son obscurité impossible à égratigner. Dans Le Château, K. veut l’élection — et cela complique infiniment chacun de ses actes. Dans Le Procès, Joseph K veut se soustraire à l’élection — et cela complique infiniment chacun de ses actes. Être choisi, être condamné : deux modalités du même procédé.» (Roberto Calasso, K., p. 14-15)


dimanche 5 janvier 2020

Un cas : Cahun


Claude Cahun (autoportrait au crâne rasé, 1920)

— née Schwob —

(Cas 1 / Cas A)


Claude Cahun (autoportrait, 1929)


samedi 4 janvier 2020

Un cas inca




traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro

« Du monde entier », 2000, 512 p. 


traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro

« Du monde entier », 2005, 384 p. 


— à Dino Buzzati —


vendredi 3 janvier 2020

volière


(pleine page publicité, le Magazine littéraire, n° 93, octobre 1974, p. 22)

mardi 31 décembre 2019

deux mille vins


je vaincs si tu viens

(en 2020)

lundi 30 décembre 2019

de l’autre côté...

Francesca Woodman (E.-U.)

(1958-1981)

mardi 24 décembre 2019

mural


in



Sorbonne Odéon Nanterre etc.

Citations recueillies par Julien Besançon

Ce volume a été achevé d’imprimer sur les presses d’Aubin
à Ligugé le 20 juin 1968
pour le compte de Claude Tchou,  éditeur à Paris

*   *  *

sinon, ces temps, c’est là :



lundi 23 décembre 2019

rhizomatique


Charles Burns

Dédales 

(Cornélius, coll. Solange, 2019)

4e de couv (détail)

vendredi 13 décembre 2019

voir double



double R


(Alphonse Lemerre, 1897 ; Jean-Jacques Pauvert, 1963) 

*

double S


(Flammarion, 1981)



samedi 7 décembre 2019

mardi 26 novembre 2019

interlude


Concept / Artwork Kyoko Takemura 
Photographie Nick Dunne


jeudi 21 novembre 2019

dimanche 17 novembre 2019

Des aventures...


Un livre qui commence par :

Il fut un temps — que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître — où la poésie était partout. On la trouvait dans une multitude de petites revues qui lui étaient consacrées, mais aussi dans les journaux, jusqu’en première et dernière page des quotidiens, où elle servait aussi bien à commenter l’actualité qu’à vanter tel savon ou telle pastille contre la toux.
(Grégory Haleux, préface, p. 7)

qui rassemble cinquante contes de la prétendue « Belle Epoque » mettant en scène la figure du poète — « le poète bourgeois, le poète fonctionnaire, le poète de province, l’amoureux, le débutant, l’arrivé, l’oublié, le Prince des poètes, le chef de file avant-gardiste… » —, exhumés par un grand amateur et phantastique lecteur,

et qui se termine par 

Jules VINCENT (?-?). Nous ne savons rien sur cet auteur, qui signe quelques contes, dans La Lanterne, en mai-juin 1914…
(G. H., « Les auteurs », p. 281)

ne peut être que foncièrement excitant.






dimanche 10 novembre 2019

signes conventionnels


Thomas Bernhard
Corrections
traduit de l’allemand par Albert Kohn
Gallimard, « Du monde entier », 1978
(Korrektur, 1975)


Jonathan Franzen
Les Corrections
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Rémy Lambrechts
L’Olivier, 2002
(The Corrections, 2001)


jeudi 7 novembre 2019

treize points d’interrogations (sur mille huit cent vingt) ?


[...]
Les interlignes se couchent-elles sous des phrases pour s’accoupler avec le vide ?
L’alphabet reconnaît-il son intensité lorsqu’il se déguise en une énergie ?
Te mélanges-tu avec le réel grâce à un décalage entre ta présence et tes rêves ?
Les lettres parlent-elles de nous-mêmes lorsqu’elles sont lues en silence ?
Te réjouis-tu au moyen d’une angoisse qui intensifie tes extases bestiales ?
Les choses se dissolvent-elles dans des formes qui court-circuitent la matière des causes ?
Ma langue prend-elle corps dans mon silence si j’écris pour avoir peur de mes paroles ?
Les nombres refroidissent-ils des ordinateurs qui attendent d’être réanimés par des lettres ?
Ton humanité s’incarne-t-elle dans une bête si elle est domestiquée par l’intelligence d’un animal ?
S’allégeait-il depuis qu’il était poursuivi par des empreintes d’oiseaux ?
Nos peaux s’adaptent-elles à toutes les couleurs parce que le soleil brille pour tout le monde ?
Les arts sont-ils certains d’être ridicules s’ils sont mis en doute par une musique inadmissible ?
Tes lignes matérialisent-elles des flèches qui visent un nombre totémique ?
[...]

Questions
[2019]
(inédit)

mercredi 30 octobre 2019

cécité


« Nos vieux maîtres ont donc eu beau jeu pour couvrir l’arcane d’un voile épais, en mélangeant les qualités spécifiques des diverses substances, au cours des quatre opérations qui manifestent la couleur noire. Aussi devient-il très laborieux de les séparer et de distinguer nettement ce qui appartient à chacune d’elles. 
« Voici quelques citations qui pourront éclairer l’investigateur et lui permettre de reconnaître sa route dans ce ténébreux labyrinthe. »

Fulcanelli
Le Mystère des Cathédrales
et l’interprétation ésotérique des symboles hermétiques du grand œuvre.
Troisième édition augmentée, avec trois préfaces d’Eugène Canseliet, F.C.H., quarante-neuf illustrations photographiques nouvelles et un frontispice de Julien Champagne.
À Paris, chez Jean-Jacques Pauvert, 1964
(p. 101-102).

jeudi 24 octobre 2019

c'est cité


« Depuis tout ce temps que je me débats avec le démon de la citation, avec le surmoi de la citation, avec la compulsion de la citation, avec le dégoût, la névrose, l’amour de la citation, je ne sais pas si j’en ai trouvé le juste usage mais il m’est arrivé de penser qu’au lieu de continuer à écrire des livres, je pourrais faire œuvre de scribe, moine copiste devenu assez idiot pour ne même plus penser au salut de son âme mais vivant sa tâche de copieur dans l’absurdité mystique de chaque instant, quelque chose comme un “ en lisant en écrivant ” que j’aurais pris au pied de la lettre, copiant infiniment toutes les phrases qui me plaisent en un florilège infini, avec ce seul sentiment de les glisser comme des images dans un album que je remplirais patiemment, quotidiennement, m’occupant à le concevoir, autant peut-être que si je faisais une maquette, un puzzle, ou quelque autre artisanat qui confond si bien ses moyens et ses fins. »

Tanguy Viel
Icebergs
Minuit, 2019 (p. 28-29)

mardi 22 octobre 2019

« One minute past eternity »


Libération, jeudi 18 octobre 2001, article de Philippe Garnier

sur

Hellfire
Nick Tosches
(23 octobre 1949 - 20 octobre 2019) 
Allia (2001, 2008)
préface de Greil Marcus
traduit de l’anglais par Jean-Marc Mandosio


(quatrième de couverture, 2008)

samedi 12 octobre 2019

la lime

dans la nouvelle série

« Daniel Cabanis a trouvé » (3) :



Vénus callipyge (fragment), anonyme, âge de la pierre polie (paléolithique supérieur)
Collection Marcel Navas, Paris

vendredi 11 octobre 2019

mercredi 9 octobre 2019

écrivains nomades ma tête


« Il y a non seulement d’étranges voyages en ville, mais des voyages sur place : nous ne pensons pas aux drogués, dont l’expérience est trop ambiguë, mais plutôt aux véritables nomades. C’est à propos de ces nomades qu’on peut dire, comme suggère Toynbee : ils ne bougent pas. Ils sont nomades à force de ne pas bouger, de ne pas migrer, de tenir un espace lisse qu’ils refusent de quitter, et qu’ils ne quittent que pour conquérir et mourir. Voyage sur place, c’est le nom de toutes les intensités. »

Mille plateaux (1980), p. 602

mardi 8 octobre 2019

écrivains voyageurs mon cul



Je n’ai jamais supporté d’entendre cette appellation, cette formule publicitaire, ce pseudo-regroupement, d’

écrivains voyageurs.

Il s’agit d’un pur et simple pléonasme, comme « monter en haut » (bien qu’on puisse monter en bas) ; un écrivain, par définition, voyage, ou vagabonde, ou décaroge, ou se translate, ou stationne, ou visite l’Afrique sans même écarter les rideaux de sa papamobile.


dimanche 6 octobre 2019

ardent, irradiant et hypnotique



en France

aujourd’hui

il y a un livre

— hors catégorie — 

d’un écrivain vivant

qui plane très haut

au-dessus de tous les autres

passionnant de bout en bout

son nom est :

Divers

Textes, interventions, entretiens (1984-2019)

de Pierre Guyotat


Les Belles Lettres, sept. 2019, 512 p., 27 €